Laurence, 33 ans, est éducatrice spécialisée dans un foyer et  habite le centre ville d’Arras (62). On se rencontre Place Héros, où nous croisons quelques-unes de ses connaissances, de nouveaux habitants d’Arras. Quand je leur parle politique, des primaires, ils disent ne pas s’y intéresser, mais voteront probablement en 2012. Pour Laurence, la prochaine présidentielle représente en démocratie le seul droit qui lui reste pour exprimer son opinion. Elle regrette toutefois le programme proposé par les présidentiables, « personne ne sort du lot, à part Mélenchon peut-être. » Car elle se sent proche de l’idée qu’il « porte à revisiter la démocratie et repartir vers une  vraie démocratie de base avec des gens qui ne sont pas forcément formés en politique mais qui ont un intérêt… » Elle donne notamment l’exemple de la démocratie en Islande. Puisqu’en effet, depuis le 27 novembre 2010, ce pays dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but est de réécrire entièrement la Constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière de 2008 qui a frappé le pays de plein fouet. « Ce sont les gens du peuple, il suffisait simplement qu’ils soient soutenus par 200 personnes pour se présenter. Il y a eu une espèce d’élection. Vingt-cinq personnes ont été élues. Et c’est ensemble, des gens de tous bords, de métiers complètement différents, qui ont été obligés de travailler sous la forme du consensus, de discuter justement et de se mettre d’accord. Ils tenaient le peuple au courant à chaque fois, au jour le jour de ce qu’ils avaient pu discuter pendant leur débat. Les gens pouvaient leur envoyer des messages dont ils tiennent compte. J’ai l’impression qu’il y a une véritable barrière aujourd’hui entre le gouvernement et le peuple » explique la jeune femme.

Elle évoque aussi les difficultés qu’elle rencontre dans son métier du social où elle a de moins en moins de budget. Elle travaille avec des adolescentes qui ont des difficultés de plus en plus grandes,” alors que le budget baisse et le coût de la vie augmente. » Elle se retrouve donc à travailler en sous-effectif, les arrêts maladies étant de moins en moins remplacés. Le pouvoir au peuple, elle n’y croit pas trop étant donné que le seul pouvoir qu’elle possède est ce droit de vote tous les cinq ans, ce qui ne lui semble pas suffisant. Au sujet des primaires socialistes, Laurence pense tout de même qu’il y a un pas vers la démocratie puisqu’elles ont permis de choisir un candidat parmi le parti socialiste alors que la droite impose un seul candidat. Même si « les résultats ne me plaisent pas forcément » avoue-t-elle. Mais ce qui compte pour elle, c’est que le peuple s’est mobilisé et a pu donner son opinion. En ce qui concerne le choix de la droite, elle voit en cela une stratégie, puisqu’elle n’a pas intérêt à montrer des débats entre eux, mais plutôt à soutenir tous la même personne. « Le choix de la gauche est donc moins stratégique à ce niveau-là » dit-elle.

Elle ne se sent pas non plus proche du parti politique du maire actuel, Jean-Marie Vanlerenberghe vice-président du Modem (Mouvement Démocrate), qu’elle considère plus de droite que du centre. Selon elle, le centre serait le socialisme dans sa vision de gauche-droite, dans le sens où le capitalisme a une place importante. Le Front de Gauche représente alors pour elle « le vrai socialisme. » Si elle devait faire le bilan de la présidence de Nicolas Sarkozy, la première chose qui l’a marquée c’est « lorsqu’il a pris la décision d’augmenter son salaire de 142 % ou de 143 %, première décision qu’il a faite quand il a eu le pouvoir. C’est aussi de se prendre des vacances. » Elle estime aussi qu’aucun point de son programme n’a été respecté, comme l’exemple d’une interview où Nicolas Sarkozy déclarait que « personne ne devait dormir dehors. » Elle voit qu’au contraire la situation a empiré. En ce qui concerne les lois « c’est pour ses amis grands patrons, apparemment on ne vient pas du même monde » ironise-t-elle. Pour finir, elle espère « que les gens vont se rendre compte du mensonge des promesses de 2007 et qu’ils ne vont pas se laisser avoir par le côté sécuritaire du Front National ou de la droite. Et qu’ils ne vont non plus se faire avoir par un programme socialiste qui n’est pas forcément à gauche. En tout cas pas suffisamment. »

Pour Leïla, 19 ans, étudiante en BTS assistant Manager, le vote est un véritable moyen de changement. Elle votera ainsi pour la troisième fois dès demain. Elle a effectivement voté aux dernières cantonales ainsi qu’au premier tour des primaires socialistes. Elle préfère ainsi faire bouger les choses par le vote plutôt que « de se plaindre » et ne pas aller aux urnes. Un acte citoyen auxquelles de nombreux jeunes électeurs ont pris part le week-end dernier pour élire le candidat socialiste qu’ils estiment pouvoir gérer au mieux la France en 2012.

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Chahira Bakhtaoui

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