Au Neuhof, quartier déshérité de Strasbourg, le FN a obtenu près de 20% des suffrages. Reportage quelques jours avant le premier tour.

« Toi t’y crois encore parce que t’es de la vieille école, mais les jeunes ici sont anesthésiés« . Dans le bureau du centre socio-culturel du Neuhof, Bagdad secoue la tête avec dépit. A 28 ans, il ne partage pas l’énergie du directeur du centre, Khoutir Khechab. « Et encore, je te dis jeunes, mais ça s’applique à la majorité des habitants ici. Tout ceux, qui comme moi, sont intérimaires, chômeurs » poursuit le jeune homme d’origine algérienne.

Dans ce quartier de la banlieue sud de Strasbourg, un habitant sur quatre est au chômage. Les autres enchaînent contrats à temps partiel et missions d’intérim pour un revenu moyen de 640 euros par mois selon l’INSEE. Alors quand le directeur du centre évoque une prochaine campagne d’appel au vote, Bagdad ne cache pas son scepticisme : « tu ne peux pas intéresser des gens à la politique quand ils ne font rien de leurs journées. C’est une vraie morphine sociale. Tu ne sors plus, tu croises rarement du monde de l’extérieur, alors les propositions des candidats pour changer Strasbourg, tu t’en fous, ça te touche pas. Rien ne sert de dire, le vote c’est un devoir ».

Assis derrière son bureau, le responsable associatif l’écoute patiemment. Il soupire et son regard se perd sur les toits des immeubles environnants : « Ce quartier a toujours été un lieu de relégation. C’est ici qu’on mettait les réfugiés à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Avec 90% de logements sociaux comment voulez-vous faire ? ». Les trafics qui gangrènent la cité n’arrangent pas les choses : « ça les éloigne d’autant plus de la réalité. Quand on voit plus souvent les guetteurs en scooter que les policiers ou les élus, on ne croit plus en l’Etat » assure Khechab.

« J’ai peur que ceux qui se déplacent pour voter ne se déplacent que pour mettre un bulletin FN dans l’urne » s’inquiète Leïla, la responsable du restaurant d’insertion voisin. En 2012, le quartier avait offert les plus beaux scores de la capitale alsacienne à Marine Le Pen. Pour cette militante PS, « la seule de la cité« , les partis traditionnels n’arrivent pas à stimuler ces abstentionnistes : « ce n’est pas en venant une ou deux fois à l’occasion d’un marché ou d’une inauguration que les habitants s’habituent à débattre avec des responsables, des élus ».

Rémi Hattinguais

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