« Je m‘appelle Khady Mané, je suis engagée contre les rixes depuis 5 ans maintenant », se présente sobrement la fondatrice de l’association Les mamans de la Banane. Engagée contre les violences entre jeunes depuis 2018, elle a fondé cette association en 2021 dans le quartier où elle réside, la Banane. Cette cité du 20e arrondissement de Paris a été le théâtre de ces drames qui endeuillent des quartiers et coûtent la vie à de jeunes âmes.

L’engagement Khady Mané est né suite à la mort d’un enfant qu’elle considérait comme le sien, un ami de son fils, Hismael Diabley. Ce jeune homme de 15 ans a été poignardé lors d’un règlement de compte en janvier 2018. C’est alors le deuxième jeune qu’elle pleure. En 2007, un jeune Tamoul, dont elle connaissait les parents, est mort dans des circonstances similaires. « À l’époque, l’affaire n’avait pas été médiatisée, mais cela m’avait fortement touchée », se souvient-elle.

« J’ai toujours tout fait pour protéger mes enfants »

Originaire de la Casamance au Sénégal, Khady Mané est arrivée en France en 1990. Elle s’installe d’abord dans « un tout petit appartement » du 18e arrondissement de Paris avant de déménager dans le 20e.  Avec nostalgie, Khady décrit ses premières années en France, son quotidien, de bons moments, « malgré la solitude » liée à la distance avec sa famille.

Les amies de Khady la décrivent comme une « femme au grand cœur, toujours là pour aider les gens ». Un sourire accroché au visage, elle inspire effectivement force et bienveillance. Pourtant, la vie n’a pas toujours été tendre avec elle. « Malgré mon très fort caractère, j’ai été une femme battue, mais j’ai toujours tout fait pour protéger mes enfants », témoigne-t-elle.

Khady Mané s’est beaucoup investie dans l’éducation de ses trois enfants. Elle-même a connu la peur que l’un d’eux soit victime des violences entre jeunes. Surtout lorsque son fils aîné commence à emprunter les comportements à risque qu’elle a toujours redoutés. Une phase qui, heureusement, passera bien vite.

D’un combat individuel à la création d’une association

Khady Mané commence sa lutte en 2018 et crée l’association Les Mamans de la Banane en 2021. Elle est alors soutenue par les éducateurs de prévention spécialisée de l’association Feu Vert, avec qui elle travaille pour approcher les jeunes. L’association œuvre contre les rixes, mais vise aussi à améliorer la vie des jeunes dans les quartiers prioritaires.

« L’association accompagne des jeunes sujets à des conduites à risque comme la drogue, l’errance », explique Khady. Elle veut faire en sorte que « tout le monde se sente concerné », que les personnes « du premier, deuxième ou 3ème âge » se disent « c’est notre combat. »

Ce quartier est un navire, si quelqu’un sombre, nous sombrons tous

« Ce quartier est un navire, si quelqu’un sombre, nous sombrons tous. » Dans son combat, Khady a choisi de sensibiliser les mères en premier lieu. « C’est en atteignant les mamans que nous atteindrons les enfants, et qu’ils comprendront », affirme-t-elle. Les jeunes peuvent être difficiles d’accès. C’est avec les autres mères qu’elle parvient à mener des actions.

En luttant contre les violences entre jeunes, Khady a fait face à un certain nombre de difficultés. D’un point de vue pratique premièrement. Son fils avait 3 ans lorsqu’elle a commencé à s’engager, ce qui a nécessité des efforts pour dégager du temps. Mais la plus grande difficulté qu’elle pointe est celle du tabou que représentent les violences entre jeunes chez certains parents. À force d’obstination, elle a réussi à programmer des rencontres mensuelles et est parvenue à rallier des parents à sa cause. Notamment des mères dont les enfants ont participé aux rixes ou en ont été victimes.

La concrétisation d’un combat

Depuis, Les mamans de la banane ont créé différents événements comme le Clean Challenge. Un nettoyage citoyen des Amandiers qui rassemble les habitants et permet d’affirmer leur présence et leur importance au sein du quartier.

Le 25 novembre 2022, Khady Mané a organisé sa première conférence-débat pour la prévention des rixes entre jeunes. Un événement  qui a compté la présence de Aoua Diabate, la mère d’Hismael Diabley. « Le meilleur moyen de toucher les jeunes présents est de faire parler une mère qui a subi les conséquences des rixes », explique Khady Mané.

En plus d’Aoua, des jeunes de quartiers anciennement impliqués dans des rixes ont été invités, accompagnés de griots (des hommes louant et racontant les récits, historique ou non, des familles d’Afrique de l’Ouest, NDLR).

Lire aussi. Violences entre jeunes : une responsabilité collective pour des solutions de terrain

La place des griots est très importante. Khady Mané nous explique qu’« à l’époque des grands rois africains, les griots ouvraient la marche en temps de guerre. Ils permettaient aux guerriers de se sentir invincibles ». Leur présence lors de cette conférence symbolise cette fois la volonté de faire cesser les violences entre quartiers rivaux.

Ce combat est parfois source d’épuisement physique et mental, mais Khady Mané croit en son projet et la portée qu’il peut avoir. « Je ne peux pas lâcher », affirme-t-elle. Khady reste déterminée à renforcer la solidarité entre les habitants de son quartier et des quartiers de la ville. Après la lutte, elle rêve de retourner vivre en Casamance au Sénégal et d’y créer sa ferme familiale.

Diakoumba Diaby

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