Une grille en métal impressionnante de 3,20 mètres de haut encercle depuis le mois de janvier dernier l’école primaire Georges-Bruguier dans le quartier du Chemin Bas d’Avignon à Nîmes. Une enceinte métallique impressionnante, seule solution trouvée par la municipalité pour protéger les élèves; enseignants et personnel d’une école en proie aux intrusions, aux règlements de compte qui prennent de plus en plus de place dans le quartier, miné par le trafic de drogue et la précarité.

Nos enfants feront leur rentrée en cage, ça n’est pas satisfaisant. 

Dès le mois février 2016, alors que l’on retrouve des impacts sur les vitres de l’établissement, l’équipe pédagogique se retrouve sous pression après la découverte de douilles sur le parking, qui laissent imaginer des coups de feu. L’expertise balistique confirmera plutôt la thèse d’un caillassage, mais les professeurs décident malgré tout d’exercer leur droit de retrait.

Depuis plusieurs mois, le quotidien de l’école Greorges-Bruguier est rythmé par le développement incessant du trafic dans le quartier. Plusieurs intrusions ont déjà eu lieu et se multiplient. Le 15 juin dernier, Anis, 21 ans, a été tué par balle à proximité de l’établissement. Les cours avaient alors été déplacés au centre de loisirs du Mas-Boulbon, pendant plusieurs semaines.

Dernier événement en date, vendredi 4 décembre 2021,  trois personnes cagoulées avaient traversé la cour de récréation lourdement armées. Depuis, des policiers sont présents devant l’école lors des heures d’entrée et sortie.

J’espère que ce mur le protégera, mon fils en avait marre des alarmes, et de se réfugier sous la table.

“Avec ces plaques, on dirait un bâtiment militaire”, plaisante Samia, habitante du quartier depuis huit ans. La mère de famille pointe du doigt le vert sombre du métal. “Mon fils est à l’école ici et il doit s’habituer. Je ne peux plus lui faire coucou pendant la récréation. J’espère que ce mur le protégera, il en avait marre des alarmes, et de se réfugier sous la table.”

Autour de Samia, quelques têtes esquissent un mouvement d’approbation… mais la moue de la petite Myriam défie le groupe des mamans. “Nous, on ne voit plus dehors. Et les méchants peuvent toujours se faire la courte échelle pour sauter la grille”, s’exclame la petite fille.

Quand on part de l’école le soir, on se surprend à regarder autour de nous.

Trois semaines de chantier, 40.000€ de travaux pour une grille, symbole d’une nouveau cap franchi, d’une impuissance politique aussi. Le Chemin-Bas d’Avignon est l’une des quatre zones sensibles de la ville Nimes, dans le département du Gard. Dans ce quartier, 60% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Au deuxième trimestre de 2020, on comptabilisait plus de 1200 demandeurs d’emploi pour près de 7100 habitants.

Sur les murs des grands ensembles, qui attendent une rénovation à hauteur de 71 millions d’euros (prévus par le dispositif Anru 2), les tarifs du « Drive » de la vente de stupéfiants s’affichent à coup de peinture murale, tandis que les guetteurs font autant partie du paysage que les écoliers.

Dès la rentrée des vacances d’hiver, leurs entrées et sorties ainsi que la distribution du goûter se feront sous l’œil de la police municipale, au pied d’une grille d’enceinte de 3,20 mètres de haut condamnant la cour de récréation.

“Quand on part de l’école le soir, on se surprend à regarder autour de nous. Les entrées et sorties des élèves se font sous surveillance accrue”, déplore Christophe Boissier, directeur de l’établissement. “Certains collègues ont peur de sortir en récréation. On s’organise en fonction des tours de service. Nous travaillons beaucoup sur la sécurité, et nous n’avons plus le temps pour la pédagogie. C’est quand même la base du métier d’enseignant !”

Nos élèves se retrouvent confinés en silence plusieurs jours par semaine depuis le mois de mai, évacués, stressés, ils passent de mauvaises nuits à la suite de cauchemars.

Christophe Boissier a grandi au Chemin-Bas d’Avignon : pour lui, aucun doute, c’est bien le trafic de drogue qui gangrène la sécurité de l’école Georges Bruguier. Avec une dizaine d’autres chefs d’établissements, il vient de signer un courrier adressé au Président de la République pour exiger la sécurité.

“Nos élèves se retrouvent confinés en silence plusieurs jours par semaine depuis le mois de mai, évacués, stressés, ils passent de mauvaises nuits à la suite de cauchemars. Nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les petits. Résultat : nos enfants feront leur rentrée en cage, ça n’est pas satisfaisant”, regrette le chef d’établissement.

Selon le Dazen, 10 incidents sont signalés tous les jours dans les établissements scolaires du Gard – soit presque la moitié des événements dangereux de l’Académie de Montpellier. Le corps professoral de l’école Georges Bruguier attend donc de constater les résultats de cette nouvelle muraille, désignée tour à tour comme un bouclier… ou comme un enclos par les familles du quartier.

Sarah Nedjar

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