« On est tous ici pour Eden ! Il s’est quand même fait tirer dessus alors qu’on pouvait éviter ça », s’indigne un élève de terminale, présent lors des faits la veille. Depuis, les images du tir circulent largement sur les réseaux sociaux. Mardi 29 septembre, plusieurs élèves se sont rassemblés en soutien à l’adolescent.
Plusieurs lycéens présents sur place affirment qu’Eden ne participait pas au blocus lorsqu’il est sorti de l’établissement. Alors que l’adolescent fait l’objet d’une enquête pour violences sur personne dépositaire de l’autorité publique, ses camarades contestent cette version des faits, vidéos à l’appui.
Il ne participait même pas au blocus de lundi, il est juste sorti par curiosité
« À la base, on était tous les deux en cours à 9 heures du matin. Il ne participait même pas au blocus de lundi, il est juste sorti par curiosité », témoigne un camarade d’Eden.
Une enseignante présente lors des faits livre un récit similaire au Parisien. Selon elle, l’adolescent se tenait à l’écart du blocus et filmait la scène avec son téléphone lorsqu’un policier l’aurait saisi par le bras et frappé avec sa matraque. Le jeune aurait alors riposté. Un autre policier aurait ensuite fait usage de son lance-grenades Cougar à très courte distance.
« La première chose qu’il a dite, c’est : “Appelez ma mère” »
« La première chose qu’il a dite, c’est : “Appelez ma mère” », poursuit le camarade d’Eden, qui affirme que les pompiers ont mis du temps à arriver. Entre-temps, le jeune blessé a tenté de se rendre à l’infirmerie du lycée. Elle était fermée, alors même que son fonctionnement faisait partie des problèmes dénoncés par les élèves.
« Il a la bouche défoncée. Toutes ses dents du haut sont cassées, comme en arc de cercle. En bas, on ne sait même pas encore ce qu’il lui reste », a raconté la mère d’Eden au Parisien.
Deux enquêtes ont été ouvertes après les faits. L’une, confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), porte sur le tir policier. Une enquête de flagrance, confiée au commissariat de Cergy, a également été ouverte pour des faits de violences sur personne dépositaire de l’autorité publique reprochés à l’adolescent.
Au lendemain du tir, la défiance
Mardi matin, la tension reste palpable devant le lycée. Plusieurs camarades d’Eden échangent avec les cinq policiers mobilisés sur place. Les discussions sont calmes, mais empreintes de défiance.
« Vous êtes prêts ? », lance un lycéen à une policière équipée. « Toujours », lui répond-elle. Plusieurs journalistes sont également présents, l’une est accompagnée d’un garde du corps.
On en a marre que la police soit là, on sent qu’ils ne sont plus là pour nous protéger
Si la présence policière est relativement faible ce mardi matin, elle était bien plus importante la veille. « Il y avait environ quatre ou cinq voitures de police le lundi, et de l’autre côté, à Jean-Perrin [un lycée voisin] aussi. Il y avait aussi la BAC et la gendarmerie », rapporte un élève de seconde présent lors du blocage.
Plusieurs élèves disent mal vivre cette présence, plus encore depuis la blessure d’Eden. « On en a marre que la police soit là, on n’a plus le droit de vivre comme des jeunes, normalement. On sent qu’ils ne sont plus là pour nous protéger », témoignent deux jeunes venus soutenir leur camarade.
Ces tensions dépassent le seul lycée Château d’Épluches. Ces derniers jours, des lycéens d’autres établissements franciliens ont également dénoncé des violences policières lors de leurs mobilisations, comme à Saint-Denis.
« On se sent exclus comparés à d’autres établissements »
Avant que la blessure d’Eden ne cristallise la colère, c’est bien contre leurs conditions d’études que les lycéens s’étaient mobilisés. À Château d’Épluches, plusieurs élèves dénoncent l’état dégradé de leur établissement et son isolement.
Situé à une dizaine de kilomètres de Cergy, chef-lieu du département, ce lycée est difficile d’accès en transports en commun. Seuls deux ou trois bus le desservent chaque heure, avec des périodes sans aucun passage en milieu de journée.
Il y a des trous dans les murs, les toilettes n’ont pas de portes, les poignées sont cassées
À cet éloignement s’ajoute l’état des locaux. « Il y a des trous dans les murs, les toilettes n’ont pas de portes, les poignées sont cassées. On est obligés de demander à quelqu’un de tenir la porte, c’est assez choquant. On se sent exclus comparés à d’autres établissements », confie un élève de seconde.
Les élèves viennent parfois de loin pour y étudier. « Chacun vient des quatre coins du 95, voire d’autres départements. C’est un lycée où on regroupe les personnes n’ayant pas réussi à avoir leurs vœux Parcoursup », poursuit le lycéen, évoquant notamment les étudiants en BTS de l’établissement.
Au lendemain de la blessure d’Eden, les revendications sur l’état du lycée n’ont pas disparu. Mais devant Château d’Épluches, elles se mêlent désormais à une autre colère. « À la base, le blocus était en protestation contre le lycée, mais avec ce qu’il s’est passé, on a autant un problème avec la police qu’avec le lycée », résume un camarade d’Eden.
Fatoumata Koulibaly