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Ce troisième jour de mobilisation a un goût amer pour les lycéens de Tours. La veille, en marge du blocus organisé au lycée Balzac, Maël, un lycéen de 16 ans, a été hospitalisé, le visage en sang, après une intervention des forces de l’ordre. Blessé à l’œil, il aurait été touché par un tir de LBD, selon plusieurs témoins. La procureure de la République de Tours a indiqué que ses lésions étaient « compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD ». L’IGPN a été saisie pour déterminer les circonstances exactes de sa blessure.

Ce jeudi, les lycéens mobilisés veulent lui rendre justice. Dès 6 h 30, les élèves du lycée Paul-Louis-Courier se sont réunis devant leur établissement, pancartes « Soutien à Maël » à la main. Beaucoup ont vu circuler sur les réseaux sociaux la vidéo montrant le lycéen blessé.

On est en colère, on ne peut pas voter et on n’est même pas écoutés. La haine qu’on a, elle est totalement légitime

Mégaphone à la main, Mélie, élève en première au lycée Paul-Louis-Courier, dénonce une violence qu’elle juge démesurée. « Il n’y a personne ici qui ne s’est pas fait frapper ou qui ne s’est pas fait gazer pendant les blocus. On est des cibles faciles pour la police. » Pour la jeune lycéenne, se mobiliser est aussi une manière de se faire entendre dans l’espace public : « On est en colère, on ne peut pas voter et on n’est même pas écoutés. La haine qu’on a, elle est totalement légitime. »

Un rassemblement rejoint par les syndicats

Le rassemblement est également rejoint par des cheminots syndiqués. Ils sont une dizaine d’adultes, comme Karim, 48 ans et secrétaire régional de SUD-Rail, venus soutenir les jeunes et assurer leur sécurité. « On est là en tant que parents, mais aussi comme syndicalistes. Quand les policiers nous voient, ça les calme un peu », explique-t-il.

Au même moment, malgré un important dispositif policier, les élèves du lycée Balzac portent leur voix. Sarah, en classe de terminale, prend la parole en soutien aux lycéens interpellés. La veille, elle se trouvait aux côtés de Maël lorsqu’il a été blessé et reste marquée par la scène.

« Les CRS ont commencé à nous gazer, il y en a un qui a tiré vers nous et j’ai vu Maël tomber par terre », raconte la lycéenne. Elle explique ne pas avoir pu aider son camarade, les CRS l’en ayant empêchée. Avec d’autres jeunes, elle dit s’être alors réfugiée chez une voisine. « Les policiers sont rentrés chez la dame où on s’était réfugiés, ils m’ont poussée et m’ont dit : “Toi, tu dégages.” »

Lire aussi. À Saint-Ouen-l’Aumône, l’indignation après un tir policier sur un adolescent

Également présent devant le lycée Balzac, le maire de Tours, Emmanuel Denis (Les Écologistes), échange avec les lycéens. Il déplore « une escalade de violence terrible » et condamne ce qui s’est passé la veille. « C’est une catastrophe, un jeune homme qui va avoir des séquelles à vie et peut-être perdre l’usage d’un œil. La procureure a saisi l’IGPN, on en saura plus sur les circonstances de ce drame. »

À Tours comme ailleurs en France, la mobilisation s’est poursuivie et amplifiée jeudi. Selon le ministère de l’Intérieur, 1 949 personnes ont été interpellées au cours de la seule journée du 1ᵉʳ octobre et 1 027 établissements ont été concernés par le mouvement, dont 222 bloqués. Le ministre de l’Éducation nationale a également fait état de 170 élèves blessés depuis le début de la mobilisation.

À Tours, les lycéens rencontrés ne comptent pas s’arrêter tant que leurs revendications ne seront pas entendues et que les circonstances dans lesquelles Maël a été grièvement blessé n’auront pas été éclaircies.

Chloé Roulet

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