En parcourant la liste des 33 candidatures aux élections européennes, vous tiquerez peut-être à la sixième ligne. Là, entre la liste « Renaissance » de la majorité LREM et la liste « Patriotes » de Florian Philippot, vous tomberez sur « Démocratie représentative » et sa tête de liste, Hadama Traoré.

Se retrouver là, à se présenter face aux Français à l’occasion du scrutin du 26 mai, c’est déjà une petite victoire pour le parti issu du mouvement « La Révolution est en marche », fondé par Hadama Traoré, un militant d’Aulnay-sous-Bois. Siglé, cela donne LREEM, à ne pas confondre avec LREM, évidemment.

Originaire du quartier de la Rose des vents, plus connu sous le nom des 3000, le trentenaire a réussi son pari de présenter une liste aux européennes, un combat qu’il porte depuis de longs mois et dont il avait expliqué les grandes lignes au Bondy Blog, quelques jours avant le dépôt des candidatures.

Hyperactif sur les réseaux sociaux

Pour lui, cette candidature n’est qu’une étape d’un mouvement plus large. « En même pas deux ans, on a visité plus de 50 villes, on a rencontré plus de 3000 personnes et on va monter des listes aux prochaines municipales, dans au moins 3 villes : Aulnay-sous-Bois, Bobigny et Roubaix », énumère-t-il. Sur le fond, la DR parle injustices sociales, violences policières, logement, moyens alloués au tissu associatif…

Pour se faire entendre et faire passer son message, Hadama Traoré s’est mué en professionnel des réseaux sociaux. Des vidéos vues par milliers ou dizaines de milliers, 35 000 fans sur sa page Facebook et des actions qui font le buzz : l’Aulnaysien ne compte pas ses efforts pour faire remonter la voix de « la majorité silencieuse ».

Il faut dire qu’il a plus de temps, désormais : voilà un an et demi qu’il a été révoqué de son poste à la mairie d’Aulnay, que son engagement politique commençait à déranger. Une élue municipale l’a d’ailleurs attaquée en justice, en 2018, pour une vidéo dans laquelle il dénonçait des « malversations » dans l’attribution des logements à Aulnay.

En février dernier, c’est pour une autre plainte qu’Hadama Traoré s’est retrouvé dans la justice. C’est le ministre de l’Intérieur d’alors, Gérard Collomb, qui l’y avait traîné après ses propos où il évoquait « les policiers qui nous violent, les policiers qui nous tuent, les policiers qui nous violentent dans les quartiers. » Relaxé aussi.

Pas de quoi le dissuader de mener le combat, donc. En revanche, pour constituer cette liste, il a fallu s’élargir, dépasser Aulnay et le 93 et aller chercher des soutiens, partout en France. Ce qui ne s’est pas fait sans certains obstacles. « Parfois, les gens ont peur (de s’engager, ndlr) pour leur situation, leur métier ou leur image », confie-t-il. Et d’autres tentent de lui mettre des bâtons dans les roues : « Nous avons des opposants qui me connaissent très bien, qui ont grandi avec moi. »

Lui veut ratisser large et penser positif : « Nous proposons un système unique en France. Nous n’excluons aucun citoyen, quelle que soit sa nationalité, qu’il soit en possession d’une carte de séjour ou qu’il soit sans-papiers, clame-t-il. Nous avançons sur 4 pôles : le populaire (LREEM), l’associatif (Force Citoyenne), le politique (la DR) et la géopolitique (La Multicontinentale). » Sacré programme.

Pour le politique, il s’agira pour la première fois de rassembler des électeurs et plus seulement des sympathisants. Transformer les sourires, les poignées de main, les likes et les partages sur Facebook en bulletins de votes. Pas une mince affaire pour celui qui place parmi ses priorités, justement, la lutte contre l’abstentionnisme. Dans ses propositions figure le droit de vote pour tout le monde, même les étrangers.

Sur le reste, du classique et des idées plutôt marquées à gauche : l’égalité homme-femme, le respect de la biodiversité, la coopération avec l’Afrique, la taxation des multinationales… D’autres sont plus personnelles, liées au vécu de terrain d’Hadama Traoré et des siens : la proposition de transformer tous les bâtiments publics inutilisés en logements sociaux est de celles-là.

Montrer que le vote est une arme politique

C’est avec tout cela que la DR va faire campagne. Mais les idées ne suffisent pas en politique. Il faut de l’argent. Le modèle économique est assez simple, nous explique la tête de liste : la DR est un parti financé par les dons de ses citoyens, tout comme l’association Force Citoyenne financée par la cagnotte Helloasso. Selon Hadama Traoré, ce sont « 350 membres de cœur » qui assurent le fonctionnement du parti. « La majorité silencieuse finance tout. C’est incroyable, la solidarité qui existe dans la population », s’enthousiasme-t-il.

Reste à convaincre les gens de se mobiliser pour un scrutin européen qui ne déchaîne pas les foules, encore moins dans les quartiers populaires. « Nous voulons montrer que le vote est une arme politique, pour élever le débat, avoir une force de proposition, assure-t-il. Si on se présente aux européennes, c’est aussi parce que nous avons un projet à l’échelle mondiale. On ne peut pas réfléchir local si on ne réfléchit pas mondial. »

Malgré son déficit de notoriété sur le plan national, l’Aulnaysien se dit convaincu de faire un score honorable. En mobilisant des populations peu enclines à voter habituellement : « On va tracter devant les prisons car ils ont le droit de vote et ça, beaucoup de gens l’ont oublié. On va d’abord aller devant toutes les prisons d’Ile de France. »

Mais il sait bien à quel point il est difficile d’intéresser les citoyennes et citoyens au fait politique. « Les gens n’y croient plus, regrette-t-il. Comment demander le respect des gens si on ne se respecte pas nous-mêmes ? Comment peut-on critiquer les choses sans être force de propositions ? » Une force de propositions, voilà précisément ce que la DR tentera d’incarner au cours de ces trois semaines de campagne.

Audrey PRONESTI

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