Qu’ils soient debout au cœur du terrain, assis sur des chaises pliantes à côté des buts, ou chicha à la main assis sur les collines qui entourent le stade, tous les supporters étaient concentrés pour l’ouverture de l’édition 2022 de la Coupe Nationale des Quartiers. « C’est aussi le tournoi des supporters. Le message c’est l’union, le vivre-ensemble », explique Moussa Sow, fondateur de la CAN des quartiers, renommée Coupe Nationale Des Quartiers.

À l’origine, les joueurs représentent les équipes des différentes diasporas africaines présentes dans les quartiers. Cette année, la France, l’Italie, les Antilles, le Portugal, et l’Asie, se sont ajoutés aux habituels Maroc, Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Congo, Tunisie, Guinée, Turquie et Algérie notamment. Autre nouveauté : un tournoi féminin est prévu pour cette édition qui compte lancer l’été du football de quartiers après deux ans de pandémie.

Ça rassemble tout le monde, les femmes, les hommes, les enfants.

Après le succès de l’édition estivale de 2019, qui a fait des émules partout en France, la Coupe Nationale Des Quartiers voit les choses en grand et assume le changement de statut : sponsors partenaires, équipementier pour les maillots, DJ pour assurer l’ambiance, sécurité aux abords du terrain, et animations chronométrées. Une organisation de fer pour un événement désormais attendu et scruté dès sa première édition.

« C’est aussi le tournoi des supporters », lance fièrement Moussa Sow, organisateur du tournoi. 

« Le message est encore plus fort. La plupart des jeunes de banlieue sont issus de l’immigration et il faut qu’ils soient fiers de représenter leurs origines. On réunit des jeunes autour d’un dénominateur commun qui est le football, un sport populaire », continue Moussa Sow, toujours un œil sur le terrain. « Au début c’était un simple tournoi qui représentait la CAN. Maintenant c’est la Coupe du Monde des quartiers », s’enthousiasme Bilal, un passionné de football qui attend surtout « des gestes techniques ». Après avoir installé le matériel sportif, le jeune homme profite de ce moment de répit avant le début des matchs, sandwich à la main, visé sur une chaise pliante rose, floquée au nom d’un autre sponsor de l’évènement.

La plupart des jeunes de banlieue sont issues de l’immigration et il faut qu’ils soient fiers de représenter leurs origines.

18 heures 30, l’équipe du Maroc, gagnante de l’édition 2019, face à la Tunisie, ouvre le tournoi et affronte l’Italie. Pour l’occasion, un groupe de musique traditionnelle marocaine met l’ambiance. Avec beaucoup de fierté, mais aussi beaucoup de responsabilité, Hicham, capitaine de l’équipe du Maroc encourage ses joueurs : «d’habitude on critique l’équipe nationale, mais là c’est vous l’équipe nationale !». 

Le Maroc, tenant en titre a de nouveau triomphé 5-2 face à l’Italie pour son premier match.

Sur le terrain voisin, les Antilles affrontent la Guinée. Un terrain partagé par les équipes, mais aussi par les supporters qui évitent les frappes ratées, relancent les balles et applaudissent ou charrient leur équipe favorite. « A chaque fois qu’il y a un but c’est envahissement de terrain, c’est la base. Ne soyez pas choqués. C’est dans nos codes. C’est l’évènement de l’été », continue Hicham.

Le Maroc sort gagnant de ce premier match, tandis que la Guinée s’est inclinée face aux Antilles 7 à 3. Les matchs suivants ont laissé plus de suspens, 3-0 pour le Mali face aux Comores, et 3 partout pour le Congo-Portugal. Un lancement prometteur pour des matchs à suivre tous les week-ends jusqu’au 2 juillet prochain.

C’est surtout de la convivialité, de la mixité.

En haut des marches, une petite buvette et un barbecue attendent joueurs et supporters pour tenir la journée. Pas de café, ni de machine à carte, « c’est la cité » lance avec un grand sourire l’une des femmes qui cuisine. Mais des bricks, des pastels, du poulet braisé, et des sandwichs merguez qui font fureur. Une diversité culinaire à l’image de celle des équipes qui s’affrontent.

Quatre équipes se sont affrontées entre 18 heures 30 et 22 heures 30 sur un terrain de football partagé pour l’occasion.

Ibrahim a été sélectionné pour représenter la Côte d’Ivoire. Stressé mais heureux, il est venu assister à ce premier jour pour profiter de l’ambiance : « Ça rassemble tout le monde, les femmes, les hommes, les enfants. C’est surtout de la convivialité, de la mixité, ça représente beaucoup de choses. On peut avoir de la joie, des grandes émotions, qu’on peut transmettre à nos enfants et à toutes les générations. »

En 2019, la CAN des quartiers avait déjà germé dans toute la France et dépassé les frontières de Créteil. Grande surprise cette année et signe de l’engouement pour cet évènement : le 2 juillet, la finale de la coupe nationale des quartiers sera rediffusée en direct sur Prime Vidéo, actuel diffuseur de la Ligue 1. « On est fier qu’un évènement comme celui-ci soit organisé par des jeunes de banlieue, pour des jeunes de banlieue. Avec ou sans moyen. Quoi qu’il arrive on va le faire. Maintenant on nous a donné les moyens, c’est incroyable ! », conclue avec fierté Moussa Sow, l’esprit déjà concerné par la suite de la compétition.

Anissa Rami.

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