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Les slogans résonnent sur la place de la République avec un message clair : « Non au permis de tuer ». Cette expression traduit leur crainte de voir les policiers et les gendarmes davantage protégés lorsqu’ils font usage de leurs armes.

Adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026, la proposition de loi prévoit notamment que les policiers et les gendarmes soient présumés avoir agi légalement lorsqu’ils utilisent leur arme. Si la présomption peut être renversée par des éléments de preuve contraires, les inquiétudes restent vives. Le texte doit encore être examiné par le Sénat.

« La police tue déjà, nous devons faire échouer cette loi »

Des manifestations se sont également tenues à Marseille, Lyon et Toulouse à l’appel de nombreuses organisations de défense des droits humains, dont Stop aux violences d’État, Amnesty International ou encore la Ligue des droits de l’Homme (LDH).

Parmi les collectifs présents, Marche ou Crève dénonce un texte qui menace directement le droit à la vie. « Toute personne qui s’opposera pourrait être susceptible de recevoir un tir policier, un tir létal, un tir de LBD, et la police n’aura pas à se justifier. »

« La police tue déjà, nous devons faire échouer cette loi », a déclaré la cheffe du groupe Insoumis à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot. « En République, il ne peut y avoir une catégorie de citoyens qui a le droit de vie ou de mort sur d’autres citoyens », a-t-elle lancé.

Pouria Amirshahi, député de Paris et membre du groupe écologiste et social, replace le débat dans l’histoire récente de l’usage des armes par les forces de l’ordre. Il revient notamment sur la loi Cazeneuve, adoptée en 2017 dans le contexte des attentats, et estime que le nouveau texte risque d’aggraver les mécanismes d’impunité qu’il dénonce.

Des familles venues porter leurs morts

Derrière le débat parlementaire, plusieurs familles témoignent des conséquences que les violences policières ont eues sur leur vie.

Au micro, Christian Chouviat, le père de Cédric Chouviat, raconte l’interpellation qui a coûté la vie à son fils en janvier 2020. Le livreur de 42 ans avait été interpellé lors d’un contrôle routier à Paris. Sa voix se brise : « Aujourd’hui, on a tué mon fils, on a tout perdu. On n’est pas nés pour enterrer nos enfants. »

La mère de Rayana prend à son tour la parole. Sa fille, âgée de 21 ans, avait été mortellement touchée à la tête par un tir policier en juin 2022 : « C’est pour toutes les victimes, pour avoir le droit à la justice. »

« Ces lois sont votées contre nous »

Autre famille présente dans le cortège : celle de Gaye Camara, tué par un tir policier à Épinay-sur-Seine en janvier 2018. Son frère, Mahamadou Camara, appelle à s’organiser et à accompagner les jeunes.

Pour lui, la proposition de loi s’inscrit dans une histoire plus large : « Ces lois sont votées contre nous, pour tuer des Noirs et des Arabes. Et ça, il faut le dire. »

La famille de Gaye Camara a déjà été confrontée à la question de la légitime défense. En 2021, la cour d’appel de Paris avait confirmé le non-lieu dont bénéficiait le policier poursuivi pour la mort du jeune homme, au motif de la légitime défense.

« Nous sommes les voix vivantes de nos morts »

La mobilisation est également portée par Assa Traoré, qui dénonce un racisme systémique au sein de la police française et réclame une justice indépendante dans les affaires impliquant des policiers. « Nous sommes les voix vivantes de nos morts », affirme-t-elle devant les manifestants.

Dans la foule, les slogans repartent : « Paris, Paris, antifa », « Pas de justice, pas de paix », « Justice pour Adama ». Les pancartes contre le texte côtoient celles dédiées aux victimes de violences policières. Pour leurs proches, ces histoires sont devenues le point de départ d’un combat qui dépasse désormais le seul texte de loi.

Nawel Belouizdad

Photos : Hamama Temzi

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