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Afros, twists, locks, braids et curls ont investi la Gaîté Lyrique dès 13 heures pour un événement bien précis. En ce dernier week-end d’été, la quatrième édition du festival Read & Shine, porté par l’association Overbookées, est venue clôturer la saison dans une atmosphère chaleureuse et pleine d’espoir.

Au programme : tables rondes, ateliers-conversations et lectures de contes pour enfants autour de l’esclavage et des résistances, avant de laisser place au set de DJ Cheetah. Plusieurs partenaires ont également installé leurs stands, parmi lesquels Bissai, ManSA (Maisons des Mondes Africains) ou encore Gaze Magazine.

À l’étage, on retrouve une sélection fine d’ouvrages signés par des auteurs et autrices racisé·es, dont plusieurs sont présent·es pour échanger avec le public et dédicacer leurs livres. « À sept mois des élections, alors que tout conspire à nous faire baisser les bras, il est plus important que jamais que l’on soit lucide mais confiant dans notre capacité à résister et surtout à agir collectivement », affirme Déli, fondatrice d’Overbookées.

Ça fait du bien d’avoir des espaces comme celui-là dans lesquels on va parler de certaines problématiques mais aussi de création et de littérature

Overbookées, c’est l’histoire d’un petit club de lecture né en plein Covid. Un espace pour créer du lien, mais surtout pour donner de la visibilité à des auteurs et autrices racisé·es. La première édition, en 2023, s’est tenue à la Maison de la Conversation, sans aucune subvention ni aide. Cela n’a pas empêché l’association de continuer à grandir et à se structurer. L’année dernière, le festival a notamment réuni plus de 1 500 visiteurs.

Au cœur de la Gaîté Lyrique, une longue file d’attente se forme pour la première table ronde de la journée : Maternité et transmission, avec l’autrice et travailleuse sociale Nadège Erika, l’humoriste queer Tahnee et la journaliste et autrice de Sous nos peaux, Maïram Guissé. « Je suis très contente d’être présente aujourd’hui, le travail d’Overbookées est nécessaire et important et ça fait du bien d’avoir des espaces comme celui-là dans lesquels on va parler de certaines problématiques mais aussi de création et de littérature », exprime cette dernière.

Une transmission nécessaire

« Cette édition est particulière parce que c’est la première à avoir un thème : Mémoires pour les lendemains. Avant, on était un peu plus en freestyle. En revanche, cette fois-ci, ça nous tenait à cœur, surtout dans le contexte particulier dans lequel nous [nous trouvons]. »

Un fil rouge qui se ressent tout au long de la journée : la transmission, la mémoire et l’héritage sont au cœur des échanges et des rencontres. Au Forum de la Gaîté Lyrique, les enfants sont au premier rang, intrigués. Lucie Mesliens, illustratrice du conte Filani, Jumeaux des Mers, les invite à découvrir l’histoire de Yéri et Wali, deux frères jumeaux séparés par l’esclavage.

Quelques heures plus tôt, ce sont des mères noires qui ont abordé le thème central de la transmission et de la représentation. Une discussion riche en réflexions, confidences et vulnérabilité, ponctuée par les gazouillis des plus jeunes générations déjà présentes dans la salle.

C’est important que ma fille puisse se reconnaître dans les femmes qui m’ont entourée

« En tant que femme métisse queer, on est plus dans le “faire” que le “penser”. L’expérience de maternité est assez particulière parce qu’il n’y a aucune représentation, mais ce qui est cool, c’est qu’on peut créer ses propres représentations et explorer sans cliché », confie Tahnee. L’humoriste, fraîchement devenue mère, se dit toutefois « fragilisée » par la montée de l’extrême droite.

Une inquiétude qui fait écho au vécu de Nadège Erika, pour qui la maternité est aussi traversée par le racisme et les discriminations. « Je ne sais pas ce que c’est d’être une mère noire en France si ce n’est la violence », confie l’autrice et travailleuse sociale. Pour Maïram Guissé, transmettre, c’est aussi donner aux enfants les moyens d’écrire la suite. « C’est important que ma fille puisse se reconnaître dans les femmes qui m’ont entourée », confie-t-elle. L’autrice évoque aussi la langue comme un moyen de « donner un bout d’histoire aux enfants ».

2027 en toile de fond

À l’horizon, la présidentielle plane aussi sur les discussions. Imany LK, Michael Roch et Maboula Soumahoro ont évoqué les obstacles auxquels se heurtent encore les récits issus des marges, entre racisme et islamophobie dans le monde de l’édition. Cette dernière table ronde a affiché complet.

Avec Nous, malgré tout, romance entre deux adolescents noirs musulmans, l’autrice Imany LK a été confrontée à un backlash islamophobe, malgré le succès rencontré par son livre. « Nous, personnes des marges, on est dans la dystopie », résume-t-elle. Pour les trois intervenant·es, la réponse passe par les récits, l’imaginaire et la capacité à se rassembler. « Ce qui a tenu pendant les siècles d’esclavage et de colonisation, ce sont les échanges et les récits », rappelle Michael Roch, auteur martiniquais afrofuturiste.

Dans un contexte comme le nôtre, c’est important d’avoir des parenthèses comme celle-là

À quelques mois de l’élection présidentielle et d’une possible victoire de l’extrême droite, Maboula Soumahoro invite, elle, à se souvenir que les communautés marginalisées ont déjà traversé des catastrophes. « On a déjà dû vivre sans, faire sans, bricoler, marronner, trouver des solutions quand on a été dénués de tout. Ces communautés-là qui nous précèdent ont survécu », insiste-t-elle.

Sa dernière intervention tient en quelques verbes : « Trouver des solutions, résister, lutter, se rassembler, lire, écrire, imaginer, rêver. » Et peut-être aussi s’autoriser la joie. La soirée se clôture dans une ambiance légère, entre musique et danse. « Dans un contexte comme le nôtre, c’est important d’avoir des parenthèses comme celle-là », conclut Déli.

Fatoumata Koulibaly

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