Au premier rang, Mehmet, 17 ans, élève au lycée Maryse Condé de Sarcelles, est entouré de ses camarades. Comme lui, plus de 200 lycéens, enseignants et parents d’élèves du Val-d’Oise se sont retrouvés, mardi 6 octobre, au centre socioculturel des Vignes Blanches, à Sarcelles, pour une assemblée générale consacrée à la mobilisation lycéenne.
Venus de Gonesse, Deuil-la-Barre, Villiers-le-Bel ou encore Montmagny, les participants entendent faire entendre leurs revendications communes. Depuis près de dix jours, les blocages se multiplient dans les établissements du département. Certains élèves ont même dû suivre une semaine de cours à distance.
Dans la salle mise à disposition par le maire de Sarcelles, Bassi Konaté, les pancartes dénoncent les difficultés rencontrées dans les établissements : manque d’enseignants et de personnels à la rentrée, classes surchargées comptant parfois jusqu’à 38 élèves, locaux dégradés. Des problèmes auxquels les grands frères et grandes sœurs des lycéens mobilisés ont parfois déjà été confrontés.
Mehmet et ses camarades souhaitent dénoncer leurs conditions d’études et également se montrer solidaires des « lycées où c’est bien pire que chez nous ». Son établissement, anciennement appelé La Tourelle, a bénéficié de rénovations, notamment des sanitaires. Pour autant les difficultés persistent, semblables à celles que connaissait déjà sa grande sœur lorsqu’elle y était scolarisée.
Des difficultés qui traversent les établissements
Non loin de là se trouve le lycée Jean-Jacques Rousseau, l’un des premiers établissements du Val-d’Oise à avoir été bloqués. Accueillant des élèves des filières générales, technologiques et professionnelles, mais également des étudiants en classes préparatoires et en BTS, il compte parmi les plus grands établissements du secteur.
Pour Ulf, professeur d’allemand dans ce lycée, il faudrait d’urgence « plus de profs pour garantir un meilleur encadrement des élèves ». Une revendication partagée par les enseignants et les élèves des autres établissements représentés.
Pendant deux heures, les prises de parole se succèdent pour dresser un état des lieux de la mobilisation dans chaque lycée. L’occasion, pour les participants, de constater que les difficultés rencontrées dans leurs établissements sont largement partagées.
On constate cette différence de traitement, on le voit aussi avec le manque de moyens et de dotations pour les lycées
Manel, 17 ans, élève en terminale au lycée George Sand de Domont, raconte une rentrée marquée par des changements d’emploi du temps à répétition. « On nous a rajouté des cours le mercredi après-midi, chose qu’on n’avait pas avant et qui nous empêche d’intégrer les prépas égalité des chances/IEP que propose l’établissement. En parallèle, on n’a toujours pas de prof de SES alors qu’on a cette matière en spé au bac à la fin de l’année. »
Les parents d’élèves sont également présents pour soutenir la mobilisation. L’un d’eux dénonce les inégalités de traitement entre établissements : « On soutient nos enfants, on ne cautionne pas la violence qu’il y a eue, on constate cette différence de traitement notamment avec l’absence d’affectation et on le voit aussi avec le manque de moyens et de dotations pour les lycées. »
Face aux violences policières, l’inquiétude des enseignants
Au manque de moyens s’ajoute une autre colère, celle contre les interventions policières lors des blocages de lycées. Depuis le début de la mobilisation, plusieurs images d’interpellations violentes ont circulé, suscitant l’indignation de la communauté éducative.
On n’est pas payés pour protéger nos élèves des CRS
« On a vu des lignes de CRS, et nous, on n’est pas payés pour protéger nos élèves des CRS », déplore Laura, professeure de sciences économiques et sociales au lycée Romain Rolland de Goussainville.
Présent lors de l’assemblée générale, le Collectif Action Judiciaire alerte sur les conditions d’interpellation et de garde à vue des mineurs au commissariat de Sarcelles. Selon le collectif, entre 12 et 15 lycéens auraient parfois été regroupés dans une même cellule.
Les enseignants s’inquiètent par ailleurs des éventuelles sanctions scolaires qui pourraient viser les élèves mobilisés, notamment à l’approche des conseils de classe. Certains redoutent des conséquences sur leurs dossiers Parcoursup.
Dans le RER D, les lycéens préparent leur manifestation
Aux alentours de midi, les participants quittent Sarcelles pour rejoindre la manifestation parisienne. Pancartes à la main et passes Navigo en poche, les lycéens montent dans le RER D en direction de la place de la République. Dans les wagons, ils peaufinent les chants et les slogans qu’ils reprendront dans le cortège. Pour beaucoup, il s’agit de leur première manifestation. Les enseignants restent en retrait, laissant les élèves mener la mobilisation.
Pendant la marche, Laura, professeure de SES à Goussainville, revient sur les alertes lancées depuis des années par les enseignants. « Si les professeurs n’ont pas été écoutés tout ce temps », elle espère « au moins que les élèves le seront ».
En tête du cortège val-d’oisien, trois élèves du lycée René Cassin de Gonesse prennent le mégaphone. « Nous, les enfants de la banlieue, on en a marre, on est fatigués, on est dans des conditions inacceptables », lance l’une d’elles, dénonçant notamment l’absence d’infirmière scolaire et le manque de professeurs. Le matin même, les élèves avaient de nouveau bloqué leur lycée, alors que les cours devaient reprendre en présentiel.
Aux côtés de Mehmet et d’autres lycéens du secteur, les élèves de Gonesse se relaient au mégaphone. Téléphone dans une main, mégaphone dans l’autre, ils retrouvent leurs slogans et les reprennent en chœur. Une enseignante qui les accompagne ne cache pas sa fierté de les voir ainsi animer le cortège.
Pour ces lycéens, dont beaucoup préparent le baccalauréat, la mobilisation est aussi une première expérience collective de contestation. Et, à les voir se passer le mégaphone, une manière de prendre eux-mêmes la parole sur leurs conditions d’études.
Hamama Temzi