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Dimanche, 14 heures. Des pancartes investissent progressivement le parvis de la basilique de Saint-Denis. Venus des quatre coins de l’Île-de-France, des lycéens se retrouvent pour tenter de fédérer leur mobilisation, à l’initiative du collectif RED-Jeunes (Rassemblement pour l’égalité et la démocratie). Cette association politique ancrée dans les quartiers populaires est née en 2021 après une scission avec les Jeunes communistes du Val-de-Marne. Son président, Yassine Benyettou, est présent mais reste en retrait pour laisser la parole aux premiers concernés.

Walid et Soumaya, deux visages du collectif organisateur, orchestrent l’assemblée générale. « Avec mon camarade, on s’est dit que c’était le lieu et l’occasion idéale pour fédérer tous les lycéens d’Île-de-France », explique Soumaya. À mesure que les témoignages s’enchaînent, les lycéens commencent à mettre en commun leurs revendications. Avec, déjà, une idée pour donner une suite au mouvement : créer un syndicat destiné spécifiquement aux lycéens de banlieue.

Autour des élèves mobilisés, les soutiens affluent. Syndicats enseignants, personnalités politiques, collégiens, mais aussi élèves de lycées privés présents pour soutenir leurs camarades. Maria, ancienne lycéenne à Stains, a fait le déplacement pour soutenir les élèves de son ancien lycée. Drapée dans un drapeau français, elle attire l’attention au milieu de la foule. « On est l’avenir de cette France, tout ce qu’on demande, c’est qu’on investisse sur nous », lance-t-elle.

Des rats dans les lycées, des CRS devant

« Ce n’est pas normal que, dans nos lycées de quartiers populaires, on doive cohabiter avec des rats, qu’il fasse 40 degrés dans la classe en plein mois de mai, et même en septembre. On ne peut pas se concentrer correctement en cours », déplore Mohamed, lycéen à l’établissement Julie-Victoire-Daubié, à Argenteuil. Une réalité partagée par nombre des lycéens présents, qui prennent tour à tour le micro pour témoigner de la vétusté de leur établissement, de la présence de nuisibles, du manque de personnel, des classes surchargées ou encore de sanitaires laissés à l’abandon.

« On vient exprimer notre colère aujourd’hui parce qu’on en a marre de nos conditions de travail. Ça fait des années que ça dure et rien ne change. On exprime notre colère et tout ce qu’on récolte, c’est la police et les CRS », s’insurge Ayoub, scolarisé au lycée Mozart, au Blanc-Mesnil.

La présence policière occupe une place centrale dans les échanges entre lycéens, qui dénoncent un traitement qu’ils jugent différent selon les établissements. « À Paris, tu peux voir un policier faire des pompes avec des élèves, chez nous, on se fait gazer et tabasser », lance un élève présent au rassemblement.

« La police n’a pas à se comporter comme elle se comporte. On ne peut pas accepter que les revendications portées par les lycéens se traduisent par un nombre aussi important de blessés », dénonce Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, présent au rassemblement en soutien aux lycéens. Une semaine plus tôt, Eden, 14 ans, a été atteint au visage par un tir policier lors d’une mobilisation à Saint-Ouen-l’Aumône.

Plus récemment, Maël, 16 ans, a perdu l’usage d’un œil en marge d’un blocus au lycée Balzac, à Tours. Deux blessures qui scandalisent les lycéens présents, lesquels rappellent au fil de leurs prises de parole qu’ils n’entendent pas renoncer à leur droit de manifester. « Plus la violence institutionnelle et policière augmentera, plus on se mobilisera », affirme Soumaya.

Des blocus à l’organisation collective

Entre les échanges de comptes Snapchat et les prises de contact, des propositions concrètes commencent à émerger. À la manière d’une assemblée générale classique, les idées sont débattues collectivement, puis soumises au vote à main levée.

Gratuité des transports, remplacement immédiat des enseignants absents, installation d’ascenseurs pour les personnes en situation de handicap ou encore suppression de Parcoursup : les revendications sont nombreuses et couvrent différents aspects de la vie scolaire. Les lycéens espèrent désormais les voir entendues par le gouvernement.

Mais au-delà de ces revendications, l’assemblée doit aussi permettre de structurer la mobilisation dans la durée. C’est tout l’enjeu du syndicat évoqué au début de la journée. « Cette idée vient d’un constat : malgré l’existence de beaucoup de syndicats lycéens, on se sent toujours un peu marginalisés. On voulait créer une instance qui représente exclusivement les élèves de quartiers populaires », explique Soumaya.

Avant de se séparer, les lycéens se prêtent à l’exercice de la conférence de presse. Face aux journalistes, ils répondent aussi bien sur les moyens alloués à l’éducation que sur le traitement médiatique des mobilisations. Tous ont déjà en tête le prochain rendez-vous : mardi 6 octobre, journée de mobilisation lycéenne, avec un rassemblement prévu à 13 heures place de la République, à Paris. « On continuera à se mobiliser dans le calme et à faire valoir nos droits », conclut Walid.

Fatoumata Koulibaly

Photos : Thidiane Louisfert

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