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« Un élève ne devrait pas entendre “bande de couscous” et pourtant c’est arrivé. » Devant la mairie de Saint-Denis, cette pancarte figure parmi d’autres, toutes aussi ahurissantes. Le rassemblement qui se tient ce mercredi 3 juin a été initié par des enseignants du lycée Maurice Utrillo à Stains. Dans cet établissement, un professeur d’EPS est mis en cause, plusieurs témoignages évoquent des violences sexuelles, sexistes et racistes de sa part. Des faits signalés, en vain, depuis au moins 2011, assurent-ils.

« En discutant avec d’anciens camarades ainsi que mes frères et sœurs, j’ai des souvenirs précis de remarques sexistes et racistes qui me sont revenus, comme le fait qu’il entrait dans les vestiaires des filles », témoigne Anouk Colombani, élève au lycée au début des années 2000 et aujourd’hui syndicaliste. Une pétition lancée par une ancienne élève a recueilli près de 300 signatures, elle appelle l’institution à prendre ses responsabilités et à la mobilisation des habitants de Stains et de Pierrefitte, ville qui a fusionné avec Saint-Denis.

Il y a une réelle omerta autour de cette affaire

« Tout le monde est au courant. Si vous demandez à quelqu’un à Stains, on sait immédiatement de qui on parle. Il y a une réelle omerta autour de cette affaire », renchérit une enseignante qui préfère rester anonyme.

D’après les témoignages, ce professeur aurait tenu des propos racistes. Il est accusé d’avoir qualifié des élèves de « bande de couscous », d’avoir dit à une lycéenne noire : « Tu n’as pas besoin de bronzer » ou encore d’avoir lancé : « Il court comme un pédé ». Mais les accusations ne s’arrêtent pas là, l’enseignant est également soupçonné de violences sexistes et sexuelles. Plusieurs témoignages affirment que ce dernier entrait dans le vestiaire des filles sans autorisation. D’autres accusations évoquent une agression sexuelle : il serait volontairement tombé au sol en mettant les mains sur les fesses d’une élève, rapporte Le Parisien.

Le rôle des institutions pointé du doigt

Les premières alertes remonteraient à 2011, mais seraient restées lettre morte. Plus récemment, des professeurs ont saisi le procureur de la République sur ces faits. Une enquête aurait été ouverte par le parquet de Bobigny, qui n’a pas communiqué sur cette affaire. Le rectorat de Créteil a, quant à lui, lancé une enquête administrative.

Beaucoup renoncent à témoigner tant qu’ils sont dans le lycée, l’absence de réponse dissuade énormément

« Cette enquête administrative dénonce ceux qui dénoncent les violences », fulmine une enseignante du lycée Maurice Utrillo. Dans un communiqué, les personnels syndiqués ont regretté que « les entretiens n’[aient] porté que sur les supposées tensions entre collègues », occultant au passage certains témoignages d’élèves et de professeurs. « Lors des auditions libres, alors qu’une dizaine d’élèves souhaitait témoigner, la commission a refusé de les entendre […] Au moins six collègues n’ont pas pu apporter leur témoignage au dossier. 

Parmi les élèves, premières victimes et témoins de ces agissements, beaucoup craignent de prendre la parole sous peine de représailles. « On a beau accompagner les élèves, mais comme ça n’aboutit pas, beaucoup renoncent à témoigner tant qu’ils sont dans le lycée. L’absence de réponse dissuade énormément », pointe une enseignante.

Utrillo, un cas parmi d’autres

Lors de ce rassemblement, des confrères de plusieurs établissements de Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise ont salué l’initiative des professeurs du lycée Maurice Utrillo. Parmi ces enseignants, plusieurs font face à des situations similaires. Le lycée Romain Rolland a été le théâtre de fortes tensions en lien avec des violences sexistes. En janvier dernier, Mediapart révélait les dérives dénoncées par des élèves et des professeurs dans cet établissement où le proviseur a été suspendu après avoir été accusé d’avoir eu un échange à caractère sexuel avec un lycéen mineur. D’autres professeurs venus du lycée Jean-Jacques Rousseau (Sarcelles) ou encore Jacques Brel (La Courneuve) se sont également exprimés devant l’assemblée.

L’institution ne peut plus fermer les yeux, minimiser et muter les problèmes

À eux tous, ils dressent le portrait de l’inaction face aux signalements impliquant des actes envers des élèves, mais aussi des personnels des établissements. Les enseignants de La Courneuve ciblent « la stratégie du rectorat », qu’ils résument ainsi : « On fait pas de vagues, on en parle pas et on les déplace ailleurs ».

Pour Hind Arodji, parent d’élève du lycée Maurice Utrillo, « l’institution ne peut plus fermer les yeux, minimiser et muter les problèmes ». Les professeurs évoquent le besoin de moyens supplémentaires et d’une véritable prise de conscience. « On met en place des séances d’EVARS  (éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité) dans les lycées et ça permet aux élèves de mieux comprendre ce qu’il se passe. En retour on est silencié par l’institution. »

Le personnel mobilisé réclame par ailleurs « la mise en œuvre effective du protocole d’action en cas de violences sexistes et sexuelles » ; la protection des personnes dénonçant de tels agissements et la mise en place de formations obligatoires pour identifier les violences et recueillir la parole des victimes.

Hamama Temzi

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