Fin 2011, près de 1 200 inspecteurs du permis de conduire sortaient dans les rues pour protester. Ils proposaient au gouvernement de revoir le barême des salaires qu’ils estimaient bas pour un métier avec tant de responsabilités. Quatre mois se sont écoulés, et rien ne semble avoir changé. Toutefois, il n’y a pas que du côté des inspecteurs qu’il y’a des soucis. De l’autre côté de la barrière, côté candidats, nombreux sont les problèmes, et surtout en Seine-Saint-Denis. Sara*, Ahmed* et Julie* m’ont fait part de leur expérience.

Sara, a 19 ans et est étudiante à Villetaneuse. Accumulant les heures de travail et les heures de cours, elle manque cruellement de temps pour se rendre aux leçons de code. Pour pouvoir s’entraîner régulièrement, elle s’est achetée un CD lui permettant de s’exercer chez elle. Sara s’est inscrite en août dernier. Et son auto-école a un mode de fonctionnement assez particulier. En effet, si elle n’obtient pas le code dans les six mois suivant son inscription, elle devra payer 300 euros. Et si, dans les six mois suivants, elle n’a toujours pas décroché le sésame, elle devra encore payer 300 euros et ce, jusqu’à la fin de sa formation. Ainsi donc, certaines auto-écoles en viennent à créer leurs propres règles.

Et ce n’est pas fini ! Ahmed, 29 ans, a pris un bon nombre d’heures de conduite, il se sent enfin prêt à avoir une date. Mais pour l’avoir, il lui faudra plus que de la confiance en soi. En effet, il aura besoin de l’accord de l’auto-école où il est inscrit. C’est-à-dire qu’il doit passer un « examen blanc » qui déterminera s’il est prêt ou non à passer l’examen. Si Ahmed échoue et qu’il veut tout de même une date, il devra signer un papier signifiant qu’en cas d’échec, il s’engage à quitter l’auto-école. Pour lui, c’est inadmissible. Il se dit prêt à dénoncer ces magouilles à la Préfecture.

C’est avec le regard plein de haine et d’aversion pour les auto-écoles que Julie me raconte son expérience. Elle aussi est étudiante et boursière. Elle reçoit chaque mois le montant de 242 euros. Vu les tarifs exorbitants pratiqués par les auto-écoles (environ 50 euros l’heure de condiute contre 34 euros Province), sa petite bourse ne suffit pas. Elle a dû trouver un job afin de pouvoir financer et terminer sa formation. L’auto-école ? Ça fait plus d’un an et demi qu’elle y est inscrite.

Après avoir raté son permis la première fois, son auto-école lui annonce qu’elle devra attendre six mois. Six longs mois durant lesquels elle perdra la plupart des réflexes acquis. Elle confie : « J’ai une amie dans le 94 qui a raté son permis trois fois et l’attente entre chaque examen était d’un mois, pas plus. Même si les transferts de dossier sont chers, je pense à changer d’auto-école. Six mois, c’est trop long ». En attendant, pour ne pas perdre ses réflexes, Julie conduit sans permis.

Tant de problèmes qui poussent de plus en plus de Français à se tourner vers la conduite sans possession du petit papier rose. En 2011, l’Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière estime le nombre de personnes conduisant sans permis à 300.000. Un chiffre bien parti pour augmenter si les autos-écoles crapuleuses ne modifient pas leur mode de fonctionnement…

Wassila Belkadi

*Prénoms modifiés

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