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« La faim a mis tout le monde dehors. » Le constat de Rachid Arar, le fondateur de « La table ouverte », une association qui livre des repas aux plus démunis, prend forme sous nos yeux. Ce dimanche à Barbès, la file d’attente s’allonge devant le point de distribution alimentaire.

« Aujourd’hui, il y a des personnes qui font la queue et qui n’auraient jamais pensé être là, observe-t-il. Ils ont dû attendre la dernière minute. » Rachid Arar est un enfant du quartier, « un titi » comme il le dit en souriant. Il est né, est resté et s’est engagé dans cette portion de Paris qui se gentrifie d’un côté et s’enlise de l’autre dans la pauvreté.

L’engagement pour Rachid Arar commence de façon informelle puis se poursuit à travers son association montée en 2009. Depuis le début du confinement, l’association s’est mise en mode opération d’urgence avec de plus en plus de bénéficiaires à ses portes. Aujourd’hui, 650 litres de soupes et des denrées alimentaires sont distribués à la Friche, 4 rue des Poissonniers.

Une opération qui bénéficie du soutien de la grande mosquée de Paris, de la mairie de Paris et de donateurs. Des repas sont aussi livrés dans des hôtels sociaux, à l’église Saint-Bernard ou encore pour les mineurs étrangers isolés. Avant la crise, ils organisaient d’autres événements comme des thés dansants avec les résidents de l’Ehpad du coin. Forcément plus compliqué aujourd’hui.

Des centaines de repas distribués chaque jour

Dans les cuisines de « La table ouverte », les bénévoles s’activent, les soupes mijotent et des centaines de dattes sont emballées dans des petits papiers. Des denrées sont mises de côté, prêtes à être envoyées aux différents bénéficiaires. Avec le début du ramadan, l’association a changé ses horaires de distribution et doublé son nombre de repas distribués, passant de 250 repas distribués chaque midi à près de 500 à chaque fin de journée. « On pensait avoir 40, 50 bénéficiaires et on s’est retrouvés avec des centaines de personnes », nous dit un bénévole.

L’équipe de bénévoles à la manoeuvre chaque soir / (C) Héléna Berkaoui

Une fois les soupes préparées, les bénévoles se dirigent vers la Friche, à deux minutes de l’Institut des cultures de l’islam où l’association est basée. C’est là qu’ils finissent de préparer les paniers-repas et commencer à installer les marmites. A la chaîne, les mains s’activent alors pour remplir les paquets : du pain, des dattes, des laitages, une boisson.

Quelque 400 sacs s’entassent sur la table. A l’extérieur, les bénéficiaires commencent à faire la queue. Deux files, les hommes à droite, les femmes et les plus fragiles à gauche pour faciliter la distribution. Des jeunes du quartier régulent le flux et s’assurent que la distance d’un mètre est bien respectée.

Qu’est-ce qu’il va se passer après ?

La distribution démarre sur les coups de 17 heures, les bénéficiaires arrivent munis de leur récipient pour récupérer la soupe et repartent avec le sac de denrées. L’organisation, parfaitement rythmée, se fait entre les bénévoles de longue date et ceux arrivés plus récemment. Khadidja est là depuis environ trois semaines, elle a profité du confinement pour prêter main forte mais son boulot ne devrait pas tarder à la rappeler.

Près de 500 sacs de ce type sont distribués chaque soir / (C) Héléna Berkaoui

Aujourd’hui, l’association a besoin de plus de mains. Le déconfinement à venir et la fatigue pourrait grignoter les effectifs. « Qu’est-ce qu’il va se passer après ?, se demande déjà Rachid Arar. Le 11 mai, les porte-monnaie ne seront pas déconfinés donc on va continuer, il va falloir plusieurs mois pour que ça revienne à la normale. »

Chérif, un bénévole de longue date, note aussi que « d’année en année, le nombre de bénéficiaires augmente ». La crise a fait apparaître des files d’attente aux abords des points de distribution alimentaire à Barbès, à Clichy-sous-Bois ou ailleurs. L’image est alarmante et rend les inégalités, déjà insupportables, d’autant plus criantes.

Pour ceux qui sont tombés dans la pauvreté, qui ont perdu leur salaire ou qui accumulent des loyers de retard, le chemin risque d’être long. Que va-t-il se passer après ? La question de Rachid Arar soulève beaucoup d’inconnues. Aujourd’hui les médias sont là, les élus viennent filer un coup de main ou saluer les bénévoles. Et demain ?

Héléna BERKAOUI

Crédit photo : HB / Bondy Blog

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