Depuis le démantèlement de la « jungle » en octobre 2016, il n’y a plus de lieu d’accueil à Calais où il y aurait actuellement entre 350 (selon la préfecture) et 750 (selon les associations et le Défenseur des Droits) migrants contraints de dormir dans les bois ou dans la rue, plus aucune nuit sous la tente n’étant tolérée par les autorités.

Tous les mois, l’association L’Auberge des migrants, l’une des importantes dans le Calaisis, aidée par Help Refugees, rendent compte des conditions de vie très précaires très exilés, à travers des recensement sur les différents lieux de distribution de nourriture et de passage. Les équipes de terrain réalisent un comptage des exilés présents à Calais, et un sondage sur un thème particulier.

Trois heures et demie de sommeil par nuit

La dernière enquête, réalisée les 16 et 17 août et publiée ce lundi, se concentre sur le sommeil des près de 600 migrants décomptés. Résultat : la majorité des migrants dort moins de quatre heures par nuit. C’est ce qui ressort chez les 162 répondants. La moyenne se situe à trois heures et demie.

À cela s’ajoutent d’autres difficultés qui peuvent d’ailleurs explique le sommeil perturbé des migrants. 76% des répondants ont rapporté que des agents de nettoyage et la police avaient confisqué leurs couvertures au cours des 7 jours précédents. En moyenne, les exilés interrogés affirment que cela s’est produit deux fois lors de ces 7 derniers jours.

Une situation insupportable dénoncée depuis plusieurs semaines par les associations d’aide aux migrants présentes sur place. Elles rapportent des conditions sanitaires indécentes, des « entraves répétées », le « harcèlement policier », des points d’eau supprimés.

Lors de l’audience de la requête en référé de 11 associations, demandant que les atteintes graves aux droits fondamentaux des exilés cessent, le 21 juin dernier, l’avocat des requérants racontait « la traque » dont sont les victimes les migrants, en reprenant le terme déjà utilisé par le Défenseur des Droits, Jacques Toubon qui, le 14 juin, avait déploré des atteintes aux droits « d’une exceptionnelle et inédite gravité ». Une situation également dénoncée par la présidente de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) qui exprimait sa « vive inquiétude sur la question du respect des droits fondamentaux des migrants ».

Une large majorité d’hommes, jeunes et originaires d’Afrique

La moyenne d’âge des répondants est de 21 ans. Il s’agit à 97% d’hommes : Afghans (35%), Érythréens (33%) et Éthiopiens (26%) sont les nationalités les plus représentées.

La plupart des répondants sont à Calais depuis de nombreuses semaines : plus de trois mois pour 31% d’entre eux, entre un et trois mois pour 31%. Mais 39% y vivent depuis un mois ou moins, témoignant de la poursuite d’un flux d’arrivées malgré la politique dissuasive du gouvernement. 27% s’y trouvent depuis entre une semaine et un mois, 12% depuis moins d’une semaine.

Un difficile accès à l’eau

La semaine dernière, les autorités ont commencé à se plier aux injonctions du Conseil d’État, qui le 31 juillet avait confirmé l‘ordonnance du tribunal administratif de Lille ordonnant notamment la création de points d’eau et de sanitaires. Une série de mesures pour éviter que les migrants ne soient exposés à des « risques de traitements inhumains et dégradants ».

Un premier point d’eau a été installé le 11 août. Dix toilettes mobiles et cinq robinets ont été installés route de Saint-Omer, dans la cour de l’accueil de jour de l’association Secours catholique, à quelques kilomètres du centre-ville de Calais,  rue des Verrotières, dans un autre quartier périphérique, non loin de la rocade menant au port. De nouvelles toilettes et un deuxième point d’eau devront être mis en place prochainement, à environ 100 mètres de l’ancienne « jungle » de Calais. En revanche, pas de douches pour les migrants, car « un dispositif d’accès existe déjà pour les personnes vulnérables, argumente la préfecture. Ce dispositif sera amplifié avant la fin du mois d’août et son accès se fera sur orientation des travailleurs sociaux ou des acteurs de santé publique ».

L’accès à l’eau, autre problématique traitée par L’Auberge des migrants, lors de son recensement du mois de juillet, reste encore très difficile selon l’association sur place. Interrogés concernant l’accès aux douches, en moyenne, les exilés ont déclaré n’avoir pas pu prendre de douche depuis 14 jours. Pour 93% des migrants, la principale source d’eau potable est issue des bidons fournis par les bénévoles. Deux exilés sur trois n’ont accès à l’eau que deux fois par jour.

Leïla KHOUIEL

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