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Originaires de Strasbourg, Marseille ou d’Île-de-France… Plusieurs centaines de personnes, malgré la chaleur, ont répondu à l’invitation de l’association Banlieues Climat pour son Sommet ÉCOPOP’ ce samedi.

Pour la première édition de ce sommet de l’écologie populaire, Banlieues climat a tout simplement investi les locaux de l’ESSEC Business School à Cergy, l’École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales. Une sorte de pied de nez. Ce lieu symbolique reste synonyme de prestige et d’inaccessibilité pour les personnes issues de l’immigration et des banlieues populaires.

Lire aussi. Banlieue Climat : « On s’est toujours saisi des questions écologiques, on les a juste moins revendiquées »

C’est en tout cas ce que ressentent encore un peu les habitants, dont Sanaa Saitouli, co-fondatrice de l’association Banlieues Climat. « Dans les grandes écoles et écoles de commerce, il y a parfois du dédain, du mépris et de la discrimination envers les jeunes de quartiers populaires », rajoute Féris Barkat, 23 ans, co-fondateur de l’asso.

Il se réjouit de l’affluence en milieu de journée. Un moyen de valoriser le travail d’une partie de l’équipe, des jeunes et des mamans qui viennent des quartiers de Cergy et se sont beaucoup investies dans ce festival. Plus encore, c’est une « réappropriation de la culture, une réappropriation de l’écologie, et une réappropriation des lieux, c’est magnifique », sourit Féris Barkat, enthousiaste.

Les enjeux environnementaux dans les quartiers populaires et précaires

L’objectif de ce festival est de parler de l’écologie avec les populations les plus affectées par la crise climatique, mais qui paradoxalement restent les grandes oubliées des débats sur l’écologie et l’environnement. Toutes et tous se questionnent sur la manière d’œuvrer pour des transitions effectives et bénéfiques dans les quartiers.

Au fil des tables rondes, tour à tour, les militant.e.s, les chercheur.e.s et le public échangent et partagent leurs expériences. Il y a eu des luttes victorieuses et des initiatives populaires. Par exemple celle du Fast Social Food l’Après M dans les quartiers Nord à Marseille. Une initiative sociale et environnementale issue d’un collectif qui a réussi à « inverser la tendance et faire en sorte que McDo soit pointé du doigt, et pas les enfants des quartiers populaires ». Ce qui fait sourire de fierté Kamel Guemari, le fondateur de l’Après M, « l’après Misère » comme il l’appelle.

Sans oublier les récits des luttes en cours. Notamment avec les interventions de l’avocate Rromni, Anina Ciuciu, et Sue Ellen Demestre, de l’association Da So Vas en périphérie de Lille via une vidéo. Cette dernière se bat depuis des années contre le racisme environnemental envers les gens du voyage qui vivent dans des aires d’accueil. « Nous voulons juste respirer », explique-t-elle, en confiant son inquiétude grandissante avec l’été qui s’annonce caniculaire.

En Seine-Saint-Denis, l’espérance de vie générale est inférieure de 2 à 3 ans à celle des Hauts-de-Seine

Paya Ndiaye, modératrice de tables rondes, est formatrice en justice sociale. Elle milite aussi contre les oppressions systémiques et rappelle la nécessité de prendre en compte les enjeux climatiques en tant que personnes issues de territoires périphériques. « Les inégalités tuent. En Seine-Saint-Denis, l’espérance de vie générale est inférieure de 2 à 3 ans à celle des Hauts-de-Seine, le département qui est juste à côté. » Selon les derniers chiffres du gouvernement, datant de 2024, l’écart serait même de 5 ans. 

Une jeunesse curieuse et engagée

L’une des volontés du sommet ÉCOPOP’ et de Banlieues Climat, c’est avant tout de créer des prises de consciences et de l’engagement. Notamment auprès des jeunes en faisant des liens entre justice climatique et enjeux de santé. Someïa Talbi, 22 ans, formatrice de Banlieues Climat, se remémore son histoire familiale et celle de son grand-père.

Les enjeux environnementaux sont directement en train de nous rendre malade 

Travailleur dans les chantiers dès ses 16 ans, il était en lien direct avec des matériaux et particules qui pouvaient le rendre malade. « J’ai compris que si aujourd’hui il prenait des dizaines de médicaments à chaque repas, c’est pas parce qu’il était une personne âgée. C’est tout simplement parce qu’il a grandi dans un environnement qui n’était pas propre pour lui. Les enjeux environnementaux sont directement en train de nous rendre malade et de nous toucher. »

Sensibiliser dès le plus jeune âge

D’ailleurs, la première intervention de la journée était destinée aux enfants et aux adultes. Une activité artistique de construction d’une fresque des océans. Elle a permis de prendre conscience de la pollution et des impacts environnementaux des chalutiers sur la faune et la flore marine.

Des parents sont venus spécialement pour ça le matin avec leurs enfants. Pour la plus grande joie d’Ismaël. « Je voulais en apprendre plus pour mieux savoir ce qui se passe dans l’océan », explique le garçon en collant sur la fresque le bateau qu’il vient de dessiner.

La jeunesse était motrice des activités toute la journée avec, en clôture, le projet Yggdrasil qui a rassemblé plus de 60 jeunes. Il ne leur a fallu que deux mois pour créer un défilé éco-responsable, un court-métrage et une pièce de théâtre. Le tout imaginé par Khadim Coulibaly l’année de ses 20 ans.

Formateur à Banlieues Climat, il a voulu montrer les liens entre la culture, l’écologie et nos territoires avec des jeunes qui parlent à des jeunes (et moins jeunes). Puis le final s’est fait en musique avec des talents locaux comme le groupe de pop-rock Venythia issu de Cergy-Pontoise. Et des artistes plus connus comme Vacra ou Udeyfa. Un événement porté sur l’écologie mais qui se veut aussi solidaire. Les bénéfices ont été reversés aux Mamans pour la Palestine et Mamans pour le Congo.

Christiane Oyewo

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