Contrairement au colonel de Garcia Márquez, j’ai reçu des lettres. Des cartes postales même. Une par semaine, parfois plus, envoyées par mes amis partis en voyage. Je reste dans ma ville et cette année, j’ai pris une décision : prendre des photos de Paris et les envoyer comme des cartes postales.

Tout le monde est venu à Paris pour me rendre visite, en profitant bien de la Tour Eiffel, du musée du Louvre et de Notre-Dame, le tout en suivant le manuel du bon petit touriste. Me sentant obligée de changer un peu, je me propose de parcourir les endroits qui m’ont le plus touchée. Un lieu par jour pendant une semaine. À la clé : mes petits secrets recueillis dans l’une des villes les plus touristiques du monde.

Lundi. Je commence mon voyage dans le Café de la Comédie (157 rue St Honoré). C’est ici que j’ai pris mon premier café à Paris. Je laisse derrière moi le Palais Royal et je commence à marcher le long des façades du Louvre, rue de Rivoli. Quelques pas et je tourne à droite. Ça y est : l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, largement inconnue de la plupart des Français, ignorée par les touristes, et toujours éclipsée par le musée du Louvre.
À première vue sœur jumelle de la mairie du 1er arrondissement, elle cache un ornement peu probable : sur la gauche, une bestiaire pierre, une gargouille centrale, et une boule représentant le monde rongé pour une multitude de rats. Cela donne à réfléchir, sans aucun doute.

Mardi. Pique-nique dans le parc du Forum des Halles. Alors que nous mangeons, je raconte l’histoire de la colonne mystérieuse située à côté de la Bourse de Commerce. Vestige d’un hôtel construit par Catherine de Médicis en 1572, la tour avait été édifiée par la reine comme cadeau pour son astrologue. Ils y montaient régulièrement pour pratiquer la magie et lire l’avenir dans les astres. Il est impossible de la visiter mais la légende raconte que l’on peut y apercevoir la longue silhouette du fantôme enfermée dans la cage de fer quand la nuit est claire.

Mercredi. Paris est la ville des mille et un musées. J’ai décidé de redécouvrir mon préféré parmi les moins connus : le musée Zadkine (100 bis rue d’Assas, dans le 6e arrondissement). Fourni d’un petit jardin rempli de sculptures à l’entrée, et sans trop de visiteurs, le coin devient un plaisir pour les amateurs de cubisme et d’art abstrait.

Jeudi. Qui ne connaît pas le Jardin des Plantes ? Lieu préféré des familles le dimanche et de référence pour les amoureux, il y a un coin qui n’est pas connu de tous : le jardin alpin. Un voyage par la végétation de montagne de tous les continents. Lors du passage à travers l’Europe, les odeurs m’amènent chez moi. Sans m’en rendre compte, j’ai traversé les Pyrénées !

Vendredi. Je quitte le centre de Paris direction Montmartre. Pour trouver notre coin là-bas, il faut quitter la rue Lepic, toujours bruyante, et emprunter l’impasse Marie-Blanche. Vous trouverez tout au fond un joli logement rose pale d’allure médiévale. Résidence de comtes au XVIIIe siècle, elle est désormais divisée en appartements privés. Dans l’un d’eux est suspendu un panneau « à louer ». Quelle princesse peut bien loger dans ce château ?
Samedi. On passe du XVIIIe au XIXe siècle. Au 93 de la rue de Crimée, en traversant une petite impasse flanquée de maisons façons orthodoxes, je trouve, après avoir monté une petite colline cachée des arbres, l’église de Saint Serge. Au moment de ma découverte, personne n’était autour. J’ai ressenti comme un anachronisme. Un conseil : ne pas hésiter à prendre l’un des escaliers jumeaux pour aller au premier étage : la faible lumière du soleil qui entre timidement à travers les petites fenêtres, l’odeur d’encens et les chuchotement des prières font voyager les visiteurs dans la Russie lointaine.

Dimanche. Pour terminer la semaine, j’ai décidé de quitter la ville sans traverser le périphérique. Je suis dans un coin appelé « la Campagne à Paris ». C’est une colline à côté de la Porte de Bagnolet. Il faut monter des longues marches pour y trouver la rue Irénée-Blanc. Des petites maisons, toutes mignonnes et différentes, ainsi que la tranquillité des leurs habitants nous font tout à coup rêver. Le temps s’arrête. On n’est pas du tout pressé. La première fois que j’y suis allée, c’était l’automne. Au moment où je traversais un parc qui se trouve juste en dessous, un vent soudain a provoqué une pluie de feuilles qui est tombée lentement sur moi.

Je dois avouer que mes pas ont été guidés cette semaine : un petit livre appelé Paris insolite et secrets, de Rodolphe Trouilleux. À la deuxième page du précis, une citation de Victor Hugo nous rappelle « Respirer Paris, cela conserve l’âme. » Le Paris immuable, le Paris inépuisable.

Beatriz Alonso

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