Bernard Arnault, Gérard Depardieu, Jean-Marie Le Pen, Elie de Rothschild, Florence Lamblin… Qu’ont toutes ces personnalités en commun ? Un patrimoine, assurément et cette démangeaison lancinante qui revient chaque année, les impôts…trop d’impôts… plus d’impôts ! Résultat, ils « votent avec les pieds » : direction l’étranger.

La France reste bien la France. Alors que la polémique fait rage autour des comptes bancaires en Suisse de l’ancien ministre du budget en charge de la lutte contre l’évasion fiscale, le gouvernement tente de désamorcer l’affaire en mettant sur la table la question de la moralisation de la vie politique française (la première tentative remontant au début des années 1990 avec les lois sur le financement des partis politiques). Opération « mains propres »… jusqu’à la prochaine fois. Une question semble pourtant soigneusement occultée d’un bout à l’autre de l’hémicycle : celle de la pression fiscale sur notre territoire. Et pour cause, elle demande réalisme, pragmatisme courage politique et réformes structurelles autant dire la machine à perdre les élections pour un professionnel de la politique.

Selon Stéphane Baller, associé, Ernst& Young en France, « La « bonne » nouvelle pour la France serait de voir une tendance mondiale à l’alourdissement de la pression fiscale quel que soit le modèle de société choisi mais poserait aussi la question du service reçu en contrepartie de l’impôt acquitté . » (Source ici). Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites (cela change du style autrement plus direct de Maurice Taylor, PDG de Titan s’étant illustré par ses lettres adressées au ministre du redressement productif). Rappelons qu’au-delà de la tendance, la France fait partie, avec la Suède, la Belgique et le Danemark, du club des Etats ayant la fiscalité la plus lourde de l’Union. Triste record. Concrètement en choisissant de se délocaliser dans n’importe quel pays de l’Union, il y a 85% de chance de se retrouver dans une situation fiscale meilleure.

La pression fiscale serait en principe justifiée par les arguments de la qualité de vie et des services publics, juste contrepartie de l’impôt acquitté. Soit. C’est à peine si l’on ose ouvrir ce chapitre. Nos services publics sont en situation de burn out. Pris en étau entre l’exigence d’équilibre financier et celle de la qualité des services à assurer, nos services publics rament, voire marchent sur la tête.

Ils ne sont pas en équilibre économique, quant aux services… Parmi les exemples flagrants, le service public de la santé et particulièrement celui assumé par les hôpitaux publics : en pénurie de personnel soignant, proposant des rémunérations indignes compte tenu des études suivies et des sacrifices demandés, des postes sont tout simplement supprimés –autant de coûts en moins – et les services désorganisés, ne parlons pas du déficit de la sécurité sociale et de sa branche maladie. Que dire de Pôle emploi ? Des transports en commun ? Des infrastructures ? Du logement social ? De la sécurité ? De l’éducation ?

Peut-on réellement cautionner une telle gestion, un tel bilan ? En égrainant les rapports de l’INSEE des Commissions parlementaires et rapports d’experts, le constat ne date pas d’hier et la crise de 2008 ne date que de… 2008. Si on résume : + d’impôts et de taxes pour des services de – bonne qualité. En ajoutant le fait que l’herbe est sérieusement plus verte de l’autre côté des frontières, qui peut raisonnablement supporter cela durablement ? le frontalier qui achète ses cigarettes et son carburant moins chers en Andorre ou en Belgique, qui respecte la loi française en fumant des substances illicites dans un pays plus tolérant participe de la même logique. C’est une manière différente de saluer les politiques menées depuis plus de 20 ans : on vote alors avec ses pieds et pas seulement quand on est riche.

Juliette Joachim

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