C’est devant la Basilique de Saint-Denis que les soutiens aux exilés expulsés de Paris 8 ont appelé au rassemblement ce mardi à 18h. Les sympathisants viennent de Paris et des banlieues aux alentours. L’ appel au rassemblement a été lancé sur les réseaux sociaux suite à l’expulsion des exilés de Paris 8 mardi très tôt dans la matinée. Les forces de l’ordre étaient presque aussi nombreuses avec un cortège impressionnant : pas moins de 7 camions de gendarmes et de CRS pour entourer un rassemblement réunissant moins d’une centaine de personnes.

« Tous derrière les exilés ! »

Les pancartes, les drapeaux et les slogans sont bien prêts : « Aucune expulsion ! Liberté de Circulation Étudiants Paris 8 », « Le Pouvoir rafle ! Raflons le pouvoir ! » ou encore « Tous derrière les exilés ! ». Les soutiens des exilés scandent leurs messages. Parmi eux, nombreux sont des étudiants de Paris 8 et d’autres universités parisiennes. Tous dénoncent le silence de la présidente de l’université, pointant du doigt également « la violence des CRS » lors de l’évacuation des 200 exilés qui avaient trouvé refuge en janvier 2018 dans deux bâtiments de P8. A leurs côtés, des associations comme RESF, des représentants de syndicats et de partis politiques comme NPA ou les Jeunes Communistes, ont également répondu présents.

Nous méritons tous d’être traité sur un même pied d’égalité

Landy Ngang, 19 ans, jeune Dionysien, militant de la France Insoumise et animateur en accueil de loisirs à Saint-Denis, était présent lors de l’évacuation. « Nous étions nassés sur la terrasse. Au début, tout se passait plutôt bien mais au moment où l’un de nous à parlé en arabe pour donner des instructions aux exilés, le climat a d’un coup changé. Les CRS se sont mis à nous entasser ». Pour lui, rien n’a été vraiment préparé. « Les CRS ne savaient même pas par où commencer. Dans un petit couloir du bâtiment A, ils nous ont bousculés et gazés. C’était vraiment violent. Dans une des salles du bâtiment, ils ont fait le tri. Comme j’ai la peau noire, ils m’ont demandé si j’étais exilé. J’ai montré ma carte d’identité nationale française. Et c’est à ce moment qu’ils m’ont libéré. Je trouve ça honteux. Nous méritons tous d’être traité sur un même pied d’égalité ».

Pierre, 25 ans, est étudiant en cinéma à l’université Paris 8. Sur son t-shirt, un autocollant « Refugees welcome ». Il dénonce les arguments avancés par la direction de l’université. « Aujourd’hui, nous réitérons notre soutien aux personnes victimes de cette expulsion. La présidence et les autorités ont trouvé ce prétexte d’un cas de gale pour expulser les exilés. Je pense que c’est faux. Ils ont toujours voulu les expulser et ils l’ont fait. Mais nous continuons à porter ce combat, à militer pour la liberté des personnes et la dignité humaine », s’exclame-t-il. Selon l’AFP, citant une source proche du dossier, « la décision d’évacuation a été accélérée après le découverte de cas de gale parmi le personnel de l’université, dont certains ont demandé lundi à exercer leur droit de retrait ».

Aujourd’hui, le traitement qu’on fait aux exilés est absurde et humiliant

Si certains se sont mis à l’ombre pour échapper à la chaleur, d’autres restent sur les pavés devant la Basilique écoutant attentivement les prises de parole. Dans la foule, Sophie*, 24 ans, est étudiante en première année de sciences politiques à Paris 8. Entourée de ses amies, elle fustige elle aussi l’opération d’expulsion. « C’est vraiment honteux. Ces personnes au péril de leur vie, ont choisi de vivre en France. Aujourd’hui, le traitement qu’on leur fait est absurde et humiliant. Personne ne veut vivre dans une université. On leur doit donner des logements car il y a en ici dans notre pays ».

Malgré la forte présence policière pour entourer le rassemblement, ce dernier s’est déroulé dans le calme. Vers 20h, les soutiens aux exilés quittent le parvis de la Basilique de Saint-Denis promettant d’autres prochains évènements pour continuer à apporter leur soutien aux exilés.

Kab NIANG

*Le prénom a été modifié

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