#LESBÂTISSEURS Pour un de ses afterworks, l’association Ghett’Up a investi un amphithéâtre de l’Essec, à Cergy, le 21 juillet. Près de 200 personnes sont venues écouter les parcours et conseils de cinq personnalités. Maître-mot : inspiration ! Le Bondy Blog y était.

« Vous avez affronté le RER A », salue d’entrée Yassine Riffi, membre de l’association Ghett’up. Ce n’est pas le RER qui aurait empêché les participants de venir ce vendredi soir, eux qui l’empruntent chaque jour, chacun dans sa banlieue respective.

Pour preuve : ils sont 200 personnes, majoritairement âgées entre 20 et 35 ans, à avoir assisté pendant plus de 3 heures à cette jolie rencontre d’Afterwork organisé par Ghett’up et deux autres associations : Le Déclic et Ahmed et Adèle. Le lieu aussi envoyait du lourd : un amphithéâtre d’une des écoles les plus prestigieuses d’Europe, l’ESSEC. Quoi de mieux pour accueillir et écouter cinq figures inspirantes d’entrepreneuriat et de création ?

Des parcours symboliques d’une détermination à toute épreuve

Autour de la table, Hubert Macard, Phung Vo, Chantal Dardelet, Moussa Camara et Maxime Renault, décrivent chacun leur tour leurs histoires puis échangent avec la salle. Des parcours multiples, variés et surtout symboliques d’une détermination à toute épreuve. Le maître-mot de la soirée : rien n’est impossible !

La preuve avec Chantal Dardelet, fille de paysans du Nord. Ce sont ses parents qui l’ont « poussée dans les études ». Elle deviendra diplômée en ingénierie, cadre à la Sagem, devenue Safran, avant de travailler dans l’économie sociale et solidaire. Rien que ça ! « À ce moment-là, je gagnais moitié moins qu’avant et mon salaire était la moitié de celui de mon mari », se remémore-t-elle. Aujourd’hui, la voici directrice du pôle Égalité des chances de l’Essec s’efforçant d’y faire découvrir des talents issus des quartiers. A ses côtés, l’invité est une figure connue des lecteurs du Bondy Blog. Bac pro logistique en poche, Moussa Camara a développé sa propre entreprise ainsi qu’une association, les Déterminés, destinée à former des jeunes de banlieue au monde de l’entrepreneuriat. Une démarche qui fait que l’enfant du quartier de la Croix-Petit à Cergy attire l’attention du président du Medef, Pierre Gattaz. Pas de quoi gêner Moussa qui voit son initiative comme une démarche au service d’un collectif avec un objectif constant : créer des emplois dans les quartiers.

Une philosophie similaire à celle de Maxime Renault qui affirme, sans détour que les banlieusards ont une ouverture d’esprit supérieure à celle des Parisiens ! Il en sait quelque chose lui qui a étudié en école d’ingénieur à Paris après avoir passé son bac au lycée Edmond Rostand à Saint-Ouen l’Aumône. Une fois diplômé, il monte une société avec des amis, « Du bon pain » en 2013 puis une autre entreprise, « Monbanquet » en 2016, dans l’objectif de valoriser le savoir-faire des artisans-boulangers locaux dans l’organisation de buffets. Sa nouvelle société compte une quinzaine de salariés et entend s’accroître à l’international l’an prochain.

Quant à Hubert Macard, il déclare à la tribune avoir collectionné les petits boulots, vendeur chez H&M par exemple, avant de trouver sa vocation à la radio. De 2010 à 2012, il suit des cours dans une école spécialisée. Il apprend à réaliser une émission, à placer sa voix en tant qu’animateur, etc. Diplôme en poche, il monte sa propre émission de webradio sur le hip-hop avant de rejoindre OKLM radio, où il tient, depuis 2016, une chronique dans l’émission « La sauce ».

Enfin, le parcours de Phung Vo relève du registre incroyable mais vrai. BEP en poche, l’homme passé par Argenteuil puis Cergy a réussi à passer d’un poste de dessinateur industriel dans la société où travaille son père à un poste d’ingénieur. Sa méthode ? Bosser, notamment au moment de remplacer des personnes partant en vacances et convaincre l’employeur de le garder ! « Et il raconte ça, au calme » réplique Inès Seddiki, provoquant l’hilarité de tout l’amphi. En tout cas, avec Phung, le proverbe « qui va à la chasse perd sa place » prend tout son sens. En parallèle, l’ingénieur a milité dans le milieu associatif, avec un projet humanitaire, qui s’est concrétisé avec la création de l’association Bani Street en 2016, suite à la visite qu’il a rendue à Moussa Ibn Yacoub, alors emprisonné au Bangladesh pour avoir mené une action humanitaire auprès des Rohingyas. Objectif de l’association : ouvrir un centre « pour aider les enfants de la rue au Bangladesh« .

Un événement « par et pour des banlieusards« 

L’assistance est attentive, l’initiative largement saluée. « C’est un événement fait par et pour des banlieusards ! » applaudit Sofiane Zekri, journaliste de 24 ans. « J’ai trouvé ça génial. Ça a le mérite d’exister » enchérit Rita Abchar, saluant l’initiative de Ghett’Up. Des mots et une présence qui font plaisir à Inès Seddiki, présidente de l’association. « Le premier Afterwork qu’on a fait, il y avait 30 personnes. Ensuite 70, 90, et là, on était presque 200 ce soir », souligne-t-elle, ravie de l’affluence qu’a eu cet événement dans une des grandes écoles les plus prestigieuses au monde. Et ce, d’autant plus, selon elle, que la majorité du public présent ne venait pas de Cergy. Comme Inès Azzouzi par exemple, étudiante de 24 ans qui vit désormais à Paris après avoir passé quelques années de sa vie à Cergy. « Ça m’a permis d’en savoir plus sur les parcours des invités et de faire des rencontres. C’était très sympa » conclut-elle, enthousiaste.

C’est cette « culture de banlieue » avec des invités habitants du Val-d’Oise, qui anime Inès Seddiki. « Je suis ravie d’avoir réussi, avec l’équipe, à faire ce panel-là qui est absolument exceptionnel. Et qu’on ne verra, je pense, nulle part ailleurs que chez Ghett’Up » affirme-t-elle. Les invités aussi ont apprécié la soirée. « C’était génial. Je ne savais pas du tout, à quoi m’attendre, » déclare Maxime Renault, fondateur de l’entreprise Monbanquet, organisatrice du buffet pour la soirée.

Des profils de réussite très divers et inspirants tout en ayant un enracinement profond dans la banlieue parisienne… De quoi susciter un grand enthousiasme voire de l’optimisme auprès du public. « Au final, on peut toujours y arriver« , conclut Sofiane bluffé par les interventions. Au vu du succès, nul doute que d’autres Afterworks auront lieu. « Je pense que pour la prochaine fois, on essaiera de faire encore plus grand, avec plus de monde », prévient Inès Seddiki. C’est tout ce qu’on lui souhaite !

Jonathan BAUDOIN

Crédit photo : Élodie Sempéré

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