SAMEDI. Le samedi matin, on a une bonne raison de se lever parce qu’on a école comme les enfants. Et même qu’aujourd’hui on a reçu la visite d’un journaliste au physique de Ken. J’ai eu une envie subite de rejouer à la poupée… Il racontait pleins de choses intéressantes, graves et profondes. Le légendaire instinct féminin, qui avait subodoré que l’invité du jour avait une beauté ostensible, a fait que l’assemblée était, à quelques exceptions près, composée de Barbies en puissance. Les rivales étaient tapies dans tous les coins.

Dans toute mécanique bien huilée, il y a un grain de sable. Sans être profiler, je parie que toutes mes bien-aimées collègues étaient en train de se demander quel lieu magique pourrait abriter leurs noces avec mon futur époux. Soudain, c’est le drame. Sérieusement, c’est quoi cette manie qu’ont les hommes beaux, intelligents, spirituels et drôles d’avoir contracté le syndrome Colombo ?

Parce que pendant la rencontre, on avait tout sauf envie d’entendre parler de sa femme. Une femme qui a été puissamment détestée de toutes nos forces au moment où elle a été mentionnée dans la conversation. On a toutes rit jaune. Ou vert. Je suis moi-même passée par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Pourtant, je persiste à croire que rien n’est perdu. Il y a juste quelques paramètres à modifier pour que mon entreprise de séduction aboutisse. Il suffirait qu’il soit atteint d’un autre syndrome. Le syndrome Ribéry, pas très regardant sur la fidélité. Sinon le syndrome Liès Hebbadj, chantre de la polygamie, me convient aussi.

DIMANCHE. Je suis absorbée par ma lecture du superbe livre de Florence Aubenas, « Le Quai de Ouistreham ». Je n’ai même pas envie de sortir de mon antre pour participer à la vie familiale. Je me dis même que j’aimerais réellement faire moi aussi du journalisme d’immersion. Je me creuse la tête pour trouver un sujet passionnant. Je me vois déjà écrivant mon expérience fantastique. J’ai été coupée dans l’élaboration de mon plan de vie rêvée par une demande pressante de la mama. Le genre de proposition qu’on ne peut pas refuser.

Ma chère mère a décrété qu’immersion d’accord mais immersion dans la cuisine. Vis ma vie de galérienne de l’Empire romain et épluche trois tonnes de pommes de terre. Ne cherchez pas, je ne suis pas une manuelle, je ne sais pas éplucher une pomme de terre au couteau. Enfin si je sais, mais l’épluchure en question a l’épaisseur d’une peau d’éléphant. En femme moderne, j’ai recours aux services de l’économe. Les esclaves chez moi ont du beau matériel.

Design, l’économe mais pas pratique du tout. Je me suis coupée et ai fait une mini-hémorragie. J’ai donc invoqué l’accident du travail, mais ma mère, la CGT, elle ne connaît pas et elle a moyennement compati. J’ai dû continuer l’épluchage jusqu’à ce que mort s’ensuive, à tel point que j’avais l’impression de nourrir un foyer Sonacotra, vu la quantité de patates. Je ne pense pas en revanche que mon immersion dans la cuisine suffise à me faire décrocher un Pulitzer. Je vais continuer à réfléchir.

LUNDI. Comme ma paranoïa de « on nous ment » n’est pas assez développée, je me suis rendue à une conférence formidable et pleine de promesses intitulée « la langue de bois, la manier et la débusquer ». Mon objectivité quant à la qualité de la dite conférence est un peu biaisée puisque c’est un ami qui l’anime. Comme je suis sympa, je partage avec vous mon savoir nouvellement acquis.

La langue de bois est un langage universel parlé par la plupart de nos estimés hommes et femmes politiques tout droit venu d’URSS. Eh oui, les Russes n’exportent pas que des gymnastes et des mannequins anorexiques (pardon pour ce pléonasme). Pour le péquin moyen, il est difficile de se repérer dans ces circonvolutions langagières. Tout d’abord, règle numéro 1, ne jamais répondre directement à une question un peu vicieuse. Exemple. Au hasard.

« Nicolas Sarkozy, votre bilan au bout de trois ans de présidence n’est pas des plus reluisants, que répondez-vous à vos électeurs qui sont déçus ? Merci de me poser cette question. Je tiens à remercier mes électeurs fidèles qui m’ont confié la mission de conduire le pays dans le mur, euh, pardon, vers la prospérité. Sinon, moi aussi, je trouve que le temps se moque de nous. Novembre en mai, si c’est pas malheureux, y a plus de saison ma bonne dame. » Emballez, c’est pesé.

La seconde leçon, c’est d’élargir à l’universel. A une question sur le chômage répondre : « Moi ce que je veux pour les Français qui souffrent, c’est la fra-ter-ni-té. » Toute ressemblance avec une ex-candidate à la présidentielle est fortuite. La langue de bois gold, c’est Jean-François Copé qui la manie à la perfection. A croire qu’il a un master de menuiserie-ébénisterie appliquée. Pourtant, il avait écrit un ouvrage où il promettait d’arrêter la langue de bois, ce qui est, avouons-le, aussi crédible que Richard Virenque auteur d’un ouvrage où il promettrait de cesser le dopage. Ou feu Boris Eltsine, auteur d’un manuel de lutte contre l’alcoolisme. JFC, à la question « Vous présenterez-vous en 2017 ? », répond tout à fait dans les clous : « J’ai dix ans de moins que Nicolas Sarkozy. » Quelque chose m’échappe dans ce raisonnement implacable. Ah si, il sait compter.

MARDI. Plus originale que la liste des courses, encore plus triste que la liste de Schindler, la liste de Raymond Domenech était aussi attendue que la pluie dans le désert, le beau temps en France ou le nouvel album de Michel Sardou. Je brise le suspense tout de suite, non je n’ai pas été sélectionnée… Raymond, lui en revanche, ne sait pas compter. On lui demande une liste de 23 joueurs, il en sélectionne 30. Il a dû faire une overdose de « Surprises, sur prises ». Ou avoir loupé sa vocation de clown. Si le cirque Zavatta me lit et recrute, ça peut être une bonne reconversion pour lui.

J’ai un vieux contentieux avec le sélectionneur. Dès que j’apprécie un joueur, sa carrière se plante. Par exemple, il n’a jamais aimé David Trézéguet. Rien que ça, ça mérite une pendaison haut et court dans les cages du gardien de but. Pour une fois, la barre transversale aurait un usage apprécié de tous. Trêve de mauvais esprit, je ne souhaite pas la mort de Raymond. Mais là, il cherche les coups. Il a osé ne pas sélectionner Karim Benzema. Il est vrai que ses performances sur le terrain sont à l’image de celles dans la pub LCL (même Johnny H. joue mieux dans le spot Optic 2000, c’est dire). Ce n’est tout de même pas une raison valable pour être mis au placard. Conseil d’amie qui lui veut du bien : Raymond fais attention aux lions, un accident est si vite arrivé.

Il offre aussi son quart d’heure de célébrité à de sombres inconnus comme M’Vila. Si ça se trouve, il n’existe même pas et c’est son ami imaginaire. Il a dû lire dans Estelle (prénom dont l’étymologie signifie étoile), la liste des joueurs à sélectionner. Si ça se trouve, c’était juste la liste de ses ex.

MERCREDI. Je suis bien naïve. J’ai toujours cru à diverses balivernes. Par exemple, au prince charmant, soit la plus grosse arnaque que le monde ait jamais porté, pire que Bernard Maddoff et Christophe Rocancourt réunis. Mais la plus grosse de ces disquettes, comme on dit en langage djeune, c’est « Fais de longues études, tu seras riche, heureuse et tu feras la fierté de ta maman ». Riche et heureuse, sans commentaires. Je ne dirai qu’une chose : 26 ans et toujours Tanguette.

Je pensais au moins la fierté maternelle acquise. Un joli diplôme bac + 5, c’est aussi utile que des sucreries pour un diabétique en réalité. Ma chère mère a brisé le tabou ultime, lors du traditionnel dîner familial. Elle a avoué qu’elle n’aimait pas le gang des banquiers auquel ma sœur appartient. Il faut dire qu’elle nous vantait et essayait de nous refiler au même moment une assurance obsèques proposée par sa banque. Oui, on aime les conversations joyeuses chez nous.

Le jugement tombe comme un couperet. « Des voleurs ! », tranche-t-elle. Maman a toujours peur d’être arnaquée. Je me suis dit que mon frère, qui se rêve avocat, allait écoper d’une meilleure appréciation. My mother, pas convaincue pour deux sous par ce choix de carrière, a plutôt affublé le clan des baveux d’un très mélioratif : « C’est pas mieux, eux ce sont des menteurs. » Je la ramène avec mon « journaliste c’est bien, dis ? ». Eux, ce sont les pires, des mendiants toujours à soutirer des informations. Sentir la fierté dans le regard d’une maman, ça n’a pas de prix. Pour tout le reste, il y a Eurocard Mastercard.

JEUDI. Je ne suis pas écolo pour deux choux, pardon, deux sous, pourtant, je déteste la voiture. Que voulez-vous, ça me donne mal au cœur. Dans la famille on a une règle d’or : personne ne possède le permis de conduire. J’aimerais bien, cela dit, briser la tradition familiale. Mais c’est comme pour tout, je procrastine. Un jour mon prince viendra… Euh non, je passerais le permis. Je l’achèterais au marché noir si je galère, ou le passerais en Algérie, où le code de la route c’est de la science-fiction. Les Algériens sont tous des Schumacher en puissance, là-bas conduire prudemment c’est mort au tournant. Ils ne sont pas vraiment tatillons en plus. Au moins je serais sûre de l’avoir. Un peu à l’image de mon cousin du bled qui s’est présenté à l’auto-école pour obtenir le précieux sésame… en voiture.

Hier, je me suis laissée embarquée en automobile, comme disent les personnes qui ont connu l’occupation allemande. Le problème, c’est que le conducteur a cru que les deux copilotes incompétents, ma sœur et moi, savaient indiquer un itinéraire. Tant de naïveté, c’est touchant, ai-je envie de dire. Du reste, nous avons pu faire une balade champêtre à travers les Hauts-de-Seine avant de rejoindre le périphérique. Une promenade de santé avant le dîner…

Chat échaudé craint l’eau froide. Il faut croire que non. Notre ami chauffeur, qui décidément a foi en l’humanité et qui veut nous offrir une seconde chance, nous demande quel meilleur itinéraire emprunter pour le retour. Heureusement, nous avons un allié de poids, mon neveu de 11 ans. Qui indique à la perfection quelle sortie emprunter au moment opportun. Parce que nous, on indiquait toujours quand c’était trop tard qu’il aurait fallu sortir là. Lui il a un GPS intégré. Grâce à ça, on est arrivés à bon port en un temps record.

De toute façon, le gamin a indiqué qu’il était prêt pour le permis. Il dit connaître les vitesses, le volant et plein d’autres choses que je n’ai pas retenues. « Mon seul problème c’est que je ne connais pas le code de la route. » Un détail quoi. Sinon, il peut aller le passer en Algérie, là-bas on ne s’encombre pas de ce genre de formalité.

VENDREDI. Bal tragique à Nantes : un mort. Voilà comment on aurait pu titrer l’actu du jour qui se focalise sur les apéros géants. Des jeunes gens, qui eux non plus ne pourraient pas écrire un guide « se sortir de l’alcoolisme », se sont réunis par le truchement de Facebook pour un moment de convivialité fermentée. Dans ce type d’événement, il y a des risques de débordement. C’est comme pendant les manifs. Ma mère d’ailleurs m’interdisait d’y aller pensant que j’allais me faire tuer. Elle n’a pas compris qu’on ne vivait pas à Tienanmen et que globalement, je courais peu de risques d’y mourir.

Des gens bourrés en réunion, je pensais jusqu’à lors que ça s’appelait les fêtes de Bayonne, un mariage en France ou un rassemblement de supporters de foot. Si ces rassemblements sont interdits, notre passage en Coupe du Monde est vraiment mal engagé. Les supporters ne pourront même pas noyer dans l’alcool le chagrin de la défaite qui nous pend au nez, ça va barder pour Raymond. A sa place, je m’arrangerais pour me faire bouffer par un lion en Afrique du Sud, ou mieux, me faire écraser par la voiture d’un détenteur d’un permis algérien.

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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