Allongée près de l’eau sur le sable aux mille reflets, je savoure le calme paisible. Le soleil me jette ce clin d’œil, qui dit : « Ne t’inquiète pas je suis là. » Les douces vagues vont et viennent, laissant ce lent clapotis me murmurer aux oreilles des mots doux. Le vent souffle à peine, juste une brise qui rafraîchit, un peu, pas trop. J’entends un chant… ou plutôt des chants qui résonnent agréablement. Ceux des oiseaux aux couleurs arc-en-ciel. Ondes qui s’éloignent au-delà du bel horizon.

Je sens la quiétude m’envahir. Je suis dans un cocon, enveloppée dans un nuage à la merci de Zephir. La nature me parle, et je reste là à l’écouter sans mot dire. Rien ne peut envahir mon espace dans ce temps figé, il est tout mien. Je me laisse bercer et emporter par cette bulle dans laquelle je me suis glissée. J’entends soudain un bruit , énorme, retentir, il me sort violemment de ma torpeur. D’où vient-il ? Je sursaute, je transpire, la peur, le stress s’emparent de moi. D’un coup, je me lève… de mon lit. Mon réveil vient de sonner. C’est l’heure de quitter mes vacances de rêve pour aller au boulot.

Mes paupières sont lourdes comme de la pierre. Les yeux à peine ouverts, me voici dans la cuisine à prendre rapido mon petit déjeuner. Je traîne mes pieds. Je sais qu’aujourd’hui une longue journée m’attend. Le temps a cessé de se figer, les tâches qui m’incombent dans la journée dépassent le temps qui m’est imparti. Le ciel gronde et se pare de sombres nuages, il sait où je vais aller. Les nuages me suivent, juste au-dessus de ma tête. Ils me narguent car ils savent que sitôt que je serai arrivée, ils s’éclipseront pour laisser place à leur roi soleil.

Ceux qui m’entourent sont tous rivés à leur écran. La machine infernale a commencé : le téléphone, les réclamations, la pression pour toujours travailler plus, pour gagner plus. Le monde du travail est impitoyable : des ragots, des messes basses, des paroles qui fâchent et même des surnoms ! Il y a par exemple « les feux de l’amour » qui à chaque fois qu’il ramasse une chose tombée au sol relève sa mèche, « Ugly Betty », « Barbie », « Princesse Sarah », « Jackie Shan » (c’est moi, depuis que j’ai eu la bonne idée de mettre une tunique rouge en forme de kimono, il ne me manque plus qu’un grand sabre !) et même « Cruella » ! Une vraie galerie de personnages de fictions ! Des noms pour s’amuser car le temps est trop court pour laisser place à la tristesse et à la mélancolie des tâches qui se répètent. Tic tac, le temps passe. Ma montre sonne les dernières minutes de ma journée qui s’est échappée sous mes yeux.

Le temps s’est de nouveau arrêté. Je pense à ce soir, je pense à me reposer. Le boulot est derrière moi et pourtant je pense déjà aux tâches que je n’ai pas terminées. Je sais que qu’elles attendent patiemment que je vienne les trouver le lendemain. Je sais exactement que dès mon arrivée je ne laisserai pas à mon corps le temps de souffler.

Il est enfin arrivé. Attendu de tous, il est celui qui est fêté. C’est mon oxygène de la semaine, ma bouffée d’air dont je profite à plein nez. Le week-end est le temps des sorties, le temps des amis, le temps juste de respirer. Ce sont mes petites vacances où je peux m’éloigner, me ressourcer, m’évader. Chaque semaine j’ai mon programme, un jour accro-branche, un autre campagne et bien d’autres activités. Moi mes vacances, cet été, c’est au boulot et près, tout près de chez moi que je vais les passer.

Chahira Bakhtaoui

Titre de l’article emprunté à un film de Wim Wenders.

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