Les célibataires sont près de 100 millions dans le monde. En France, selon le dernier recensement de l’INSEE en 2004, ils seraient 35%, soit près de 18 millions de personnes seules de plus de 18 ans, dont 4 millions en Ile de France…Un marché très juteux pour les sites de rencontres qui fleurissent sur la toile et attirent de plus en plus d’hommes et de femmes en manque d’amour. Naïma et Sarah font partie de ces célibataires qui en ont eu marre d’attendre patiemment que le prince charmant frappe à leur porte. Alors quand on est seule à la maison avec un ordinateur pour unique compagnie, on se dit que le « prince charmant » n’est qu’à une portée de clic.

Naïma a 29 ans et elle est toujours célibataire. Des hommes, elle en a rencontré quelque-uns, elle a même tenté internet il y a longtemps, mais « c’est comme si j’essayais, sans y mettre du mien », avoue-t-elle. Des rencontres peu concluantes selon elle, car Naïma cherche pour du plus terme long terme : le mariage. Alors le 13 février, veille du cauchemar pour les célibataires, elle se sent triste. Elle se dit qu’elle doit penser à son avenir et qu’elle tourne en rond. Naïma est professeur dans un lycée et elle est épanouie dans son travail. Il lui manque juste ce petit plus qui ferait de son tableau de vie un chef d’œuvre.

Ce soir-là, elle décide de prendre son destin en main, attrape son ordi et se connecte à un site de rencontre : Mektoube. Terme, qui en arabe désigne le destin. Elle regarde les différentes fiches des « candidats » au poste de « prince charmant pour la vie » et tombe sur cette fiche, ou plutôt, la fiche. « Je tombe sur sa fiche. Il n’y avait rien de spécial, mais il y a un truc qui m’a interpellé, c’est sa conception du mariage où il disait qu’il ne fallait pas lâcher prise, communiquer…et c’était à peu près la conception que je me faisais du mariage », raconte-t-elle.

Sa photo est affichée, il lui plaît bien. Elle lui envoie donc un message très simple. Le feeling passe bien et Christian, « l’élu », propose de discuter sur Msn où il pourra découvrir à quoi ressemble sa princesse. Mais Naïma se méfiant du net, n’avait pas affiché sa photo sur le site et a préféré la montrer une fois le candidat idéal trouvé.

S’en suit une conversation qui dure jusqu’à tard dans la nuit. Le courant passe bien et c’est naturellement qu’ils décident de se rencontrer le lendemain, jour des amoureux. Quand Naïma voit Christian pour la première fois, elle se dit qu’il est différent de l’image qu’elle a vue. Une photo qui date de deux ans, prise en été avec le teint halé et mince. Elle le voit le teint un peu plus pâle, légèrement enrobé. Mais qu’importe se dit Naïma, « nous avons passé un bon moment ensemble ». Alors elle oublie vite le physique et passe une agréable soirée au restaurant. Ils prennent ensuite un verre après le repas. Les jours se suivent et la petite flamme grandit, le mot « mariage » est même évoqué dès le premier mois.

Naïma est moins euphorique aujourd’hui, car au fil des jours des questions se posent sur l’avenir et leur conception du mariage prend parfois des chemins différents. Naïma ne sait pour l’instant pas si c’est l’homme de sa vie mais elle continue à apprendre à le connaître, elle se sent bien avec lui et c’est ce qui compte pour l’instant. Elle fait confiance à son « mektoube ».

Pour Sarah, c’est une autre histoire. Sortie d’une relation amoureuse douloureuse qui s’est conclue par un divorce, elle ramasse peu à peu les morceaux pour se reconstruire. Elle voyage à l’étranger où elle séjourne quelques mois, espérant y faire des rencontres. Jusqu’au jour où une amie lui conseille un site. Elle s’y rend, cherchant plutôt au début à se faire des amis que des maris, elle finit « après deux ans d’abstinence » par « se remettre sur le marché du célibat ».

Elle ne cherchait pas forcément un mari, mais voulait surtout « se faire une idée de ce que pouvait être une rencontre aujourd’hui », précise-t-elle. Devant son ordinateur, à la fin de l’été dernier, elle se reconnecte à ce même site. Elle visite quelques profils, tombe sur un premier intéressant dont le titre a attiré son attention « Enfin vivable ». Le contact est de courte durée car cette personne s’avère instable, perturbée par le retour dans sa vie de son ex-petite copine. Elle n’insiste donc pas et passe à une autre fiche.

Elle est attirée par le profil de ce jeune homme au chapeau de paille, Merouane. Alors que Sarah, pour les même raisons que Naïma, n’a pas mis sa photo sur son profil. Elle engage la discussion en instantanée sur ce site. Le courant passe vite avec « des échanges intellectuels qui enrichissent leur débat », explique Sarah. Les choses s’accélèrent avec des échanges de mails et de textos en continue pendant près de dix jours. Puis enfin viennent les échanges de numéros de téléphone. Sarah est « hyper stimulée », ses sentiments se réveillent avec cet homme qu’elle trouve « hyper charmeur ».

Ils sont tous les deux d’origine algérienne et viennent de la même région, ce qui crée encore plus de liens, en plus des nombreux points en commun qu’ils se trouvent. Sarah se rend compte aussi après une conversation avec son petit frère, qu’il s’avère que le neveu de Merouane était son professeur. Ces petites coïncidences avivent le cœur de la jeune femme qui se sent prise d’émotions qu’elle n’avait pas ressenties depuis longtemps.

Au bout de trois semaines de rêves et de sentiments baignés dans les conversations et la douce poésie du charmeur, vient enfin le moment de la rencontre. Le prince charmant va-t-il se transformer en « crapaud » ? La veille, Sarah est toute retournée et se pose pleins de questions : comment va-t-elle s’habiller ? Va-t-elle lui plaire ? Le rêve va-t-il continuer ou s’effondrer comme un château de sable ?

Vient le moment tant attendu de la rencontre. Monsieur sort le grand jeu. Dîner dans un grand restaurant dont le prix du menu est difficile à prononcer, plateau de fruit de mer…regard charmeur. Sarah est conquise. Tout est parfait… « Serveur s’il vous plaît », dit-t-il en faisant un geste de la main qui ferait penser plus à celle d’une femme qu’à celle d’une main virile. Merouane commence à parler et à faire plein de petites manières de femmes. « Quand j’ai vu ses manières efféminées, je me suis dis non ce n’est pas possible, je ne pourrais jamais. » « J’ai alors su que c’était fini », continue-t-elle. Le prince n’était pas vraiment prince, ni crapaud…mais plutôt grenouille. Les sentiments se dissipent vite et retour à la réalité. Elle passe tout de même un agréable moment en sa compagnie jusqu’à tard dans la nuit.

Le lendemain matin, c’est la tristesse qui la gagne. Une amie lui propose alors de l’accompagner chez une amie, mariée, qui fêtait son anniversaire, lui forçant même un peu la main car Sarah était « morte et dégoûtée », selon ses propos. Elle consent tout de même à l’accompagner. A cette petite fête se trouve Karim, le beau-frère de celle qui fête son anniversaire. Sarah échange peu avec lui, mais quelques jours plus tard il prend contact avec Sarah, et aujourd’hui ils sont mariés.

Utiliser internet est donc devenu un moyen moderne, comme un autre, de rencontrer son âme sœur. Mais ça ne marche pas pour tout le monde, alors les moyens traditionnels restent toujours d’actualités. Il faut juste oser sauter le pas.

Chahira Bakhtaoui

Paru le 9 juin

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