Sous un ciel bleu clair commence une journée ensoleillée. Une dizaine d’enfants courent en direction du gymnase Bonaparte, aux Pyramides (photo). Il est dix heures. Avec eux, un jeune qui semble avoir la vingtaine, descend la pente qui mène aux abords du gymnase et demande à voix haute c’est ouvert. Le lieu est rarement vide, il appartient un peu à tout le monde. Des petits comme des grands viennent y jouer librement. Au bout d’un bon moment, un gardien vient ouvrir la porte, laissant entrer les enfants.

Le jeune homme qui les accompagne s’appelle Yoan. Il a 23 ans, ne veut pas être pris en photo mais accepte très volontiers de se raconter. Il est moniteur, animateur. Tenue décontracté, jogging, baskets, un t-shirt siglé « banlieue 91 », il ne perd pas des yeux ceux qu’il a sous sa garde. Il me parle de son métier, de sa vie, de son enfance aux Pyramides… Il a grandi aux Pyras, y a vécu pendant 17 ans. Maintenant, il habite aux Epinettes (un autre quartier d’Evry), « mais c’est un peu la même chose », dit-il.

S’il est devenu animateur, c’est parce qu’il aimait bien les gamins du quartier. « J’ai remarqué que la plupart pouvait mal tourner. Le centre de loisirs, c’est une structure où les enfants sont bien encadrés, font des activités, au lieu de traîner par exemple », se félicite-t-il. Au départ, le métier d’animateur fut pour lui comme pour beaucoup de jeunes une activité saisonnière. Aujourd’hui, il s’y investit pleinement pour devenir plus tard éducateur sportif.

Les enfants qu’il encadre sont là pour le mois de juillet. S’ils ne partent pas en vacances en août, ils seront transférés dans un autre centre de loisirs, en raison de travaux dans celui qu’ils occupent actuellement. « Je m’entends bien avec les enfants, la plupart sont les petits frères de gars que je connais, ou des gamins que je connaissais déjà », confie-t-il. La cité est comparable à un petit village où tout le monde se connaît. Cela crée, forcément, beaucoup de proximité, même dans le travail.

« Quand on habite en banlieue, on a rarement beaucoup de moyens financiers. Encore une année où j’aurai pas de vacances », soupire-t-il en se faisant une raison. Mais être animateur en juillet et août, c’est être aussi un peu en vacances. Il passe de bons moments  avec les enfants tout en restant  « vigilant ». Pas toujours facile de trouver le juste équilibre entre le jeu et l’encadrement.

« Je n’ai jamais été un gars de cité qui traîne dans les halls, raconte Yoan. Il y a des enfants inscrits aux loisirs d’été qui sont arrivés en me disant « Ah mais t’es le copain à mon grand frère, toi, je te connais ». » Ça l’a fait bien rire, mais il tient à garder ses distances. Il est l’animateur, pas le pote.

Avec un peu de nostalgie, Yoan compare son enfance aux Pyramides à celle des gamins d’aujourd’hui : « Le stade de foot derrière les écoles Jules Vernes et Dumas, est complètement détérioré. Les petits ont beaucoup plus de restrictions qu’à mon époque. Il y a des grillages partout. Moi, je m’en rappelle, j’étais à l’école Jules Vernes, la cour était immense, là, ils l’ont cassé, ils ont mis un nouveau sol. Alors bien sûr, ils ont beaucoup plus de biens matériels qu’on n’en avait, mais on a supprimé beaucoup d’espaces. Bon après, je ne sais pas, on préfère toujours son époque à celle des autres, je pense. » Ses propos l’amusent.

L’école, c’était pas son truc. Il raconte qu’il aimait bien mettre l’ambiance en classe, sans faire preuve d’insolence ou sans commettre de grosses bêtises, assure-t-il. « J’aimais pas l’école, et elle me le rendait bien ! » Il n’accable pas ses professeurs, son parcours n’était pas terrible, c’est tout, et il assume. « C’est vers ma quatrième ou ma troisième, que je me suis rendu compte que c’était hyper important, l’école, mais il était trop tard. »

En dehors du métier d’animateur, Yoan travaille dans la restauration, mais il ne veut décidément parler que des enfants : « Tous les enfants sont attachants, certes ils ont des qualités, des défauts, mais comme tout le monde, nous aussi on en a. »

Silvia Sélima Angenor

Précédent article de la série d’été « Un été aux Pyras » :
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Silvia Sélima Angenor

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