Chaque jour, quand Sabrina se rend au travail, c’est une nouvelle tenue qu’elle arbore. Juchée sur ses hauts talons et sa taille fine, toute sa tenue est assortie à ses chaussures et son maquillage. Comme une adolescente, elle ne peut s’empêcher de lécher les vitrines chaque jour et surtout de ne pas en revenir les mains vides. Pourtant cette femme de 52 ans qui en parait quarante, exerce le métier de commerciale, ne roule pas forcément sur l’or. Cette addiction au shopping lui joue parfois des tours, entre économie et plaisir d’acheter, Sabrina a fait son choix.

T-shirts, chemises, pulls, noir, rouge, beige, marron…une centaine. Des manteaux longs, courts, des vestes en cuir de différentes couleurs…une soixantaine. Des escarpins, bottes, bottines, chaussures à talon, chaussures de printemps-été…une centaine. Pantalons, jupes, robes…une cinquantaine. C’est ainsi que se compose la garde robe de Sabrina. Elle en a partout, à ne plus savoir où les mettre : dans la grande armoire de sa chambre, dans la penderie, le dressing, dans le hall à l’étage, au sous-sol et même dans le grenier.

Sabrina a sa garde robe tellement garnie que parfois elle oublie de porter les nouveaux vêtements qu’elle vient d’acheter. Elle raconte qu’il lui est déjà arrivé de retrouver des vêtements, des mois après leur achat, avec l’étiquette encore épinglée dessus. Les soldes, Sabrina ne connaît pas. Car lorsqu’elle se rend en magasin, elle a déjà tout. Elle s’accorde pourtant un moment de shopping pendant les soldes d’hiver actuelles et s’achète une paire de bottes rouges soldées. Le comble c’est lorsque Sabrina rentre chez elle et qu’elle découvre qu’elle les a déjà en en sa possession.

Chaque jour en sortant du boulot, elle ressent le besoin de s’acheter quelque chose de nouveau. Durant cette deuxième semaine de soldes marquant la deuxième démarque, Sabrina s’offre de nouvelles tenues. Lundi, ce sont des bottines. Mardi : une veste chez Zara. Mercredi : deux paires de jeans Levis. Jeudi : une autre paire de bottines. Vendredi : exceptionnellement des courses alimentaires. Les soldes ne changent rien pour elle et tous les achats effectués sont non soldés. Les soldes aujourd’hui, cela ne l’intéresse plus.

C’est un rituel qu’elle perpétue toute l’année. Le week-end, Sabrina n’achète jamais en magasin mais commande sur internet. Elle se rend bien compte que ces achats excessifs sont une forme de maladie. Mais le seul fait d’acheter, même sans porter, lui procure un bien-être. Sans doute le sentiment d’une revanche sur son adolescence où elle ne pouvait rien s’acheter, avoue-t-elle. Elle se rappelle toutes ces filles renouvelant sans cesse leur garde robe et elle, se contentant de ses mêmes vêtements quotidiens. Une revanche qui lui vaut aujourd’hui des déboires.

La crise qui touche une grande partie des ménages, n’empêche en rien son élan d’achat. Une addiction qui lui vaut sans cesse les reproches et la colère de son mari. Lui-même ne retrouve que très peu de place où placer ses vêtements. Pour apaiser la colère de son mari, Sabrina se met même à mentir en dissimulant ses achats. Mais ce qui est le plus gênant, raconte-t-elle, est que la part consacrée aux vêtements n’est forcément pas consacrée à autre chose.

En moyenne, la part qu’elle consacre à ses achats mensuels est de 400 €, voire plus. Un exemple concret : un sac Lancel à 550 € qu’elle vient de s’offrir. Une fois les factures payées, et 100 € mis de coté chaque mois, sur le compte de Sabrina, il ne reste plus un centime. Elle se permet parfois un découvert de 100 € qui est très vite comblé par le salaire qui arrive en fin de mois. Pour l’instant le salaire confortable de son mari comble les failles et leur permet de partir en vacances. Cependant, Sabrina se rend bien compte, qu’un jour, il faudra qu’elle consulte un spécialiste… L’argent ne coule jamais à flot, et un jour, elle devra sans doute fermer le robinet avant que le bateau ne fasse naufrage…

Chahira Bakhtaoui.

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