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« On ne demande pas à ce que les discussions se fassent dans un salon de thé à l’Elysée, on demande que les actes judiciaires soient faits et que les gendarmes soient mis en examen. » Le ton d’Assa Traoré est ferme, ce mardi, lors de la conférence de presse organisée par le comité Adama dans le 10e arrondissement de Paris.

La jeune femme justifie ainsi son refus de se rendre à l’invitation de la ministre de la Justice, annoncée lundi. Le comité Adama ne veut ni miette, ni empathie, mais simplement la justice et la vérité pour toutes les victimes et rappelle les principes de séparations des pouvoirs. « Si nous devons rencontrer quelqu’un, c’est le procureur, clame Assa Traoré. S’ils doivent entendre quelqu’un, ce sont les gendarmes (…) et s’ils veulent rencontrer la famille Traoré, ce sera seulement après qu’il y ait des actes judiciaires. »

Les actes judiciaires qu’elle évoque ici, ce sont la mise en examen des gendarmes et la reconstitution demandée depuis quatre ans par la famille.

Nous sommes nos propres porte-paroles

Après que le président de la République a fait savoir son intérêt pour le dossier, les proches d’Adama Traoré ont réaffirmé leur volonté de porter le combat pour la justice et contre les violences policières. Aux côtés d’Assa, Youcef Brakni, Ladj Ly, le réalisateur des Misérables ou encore Almamy Kanouté, acteur et militant des quartiers populaires.

Si le comité a convoqué la presse en plein Paris, c’est pour faire voir et connaître l’œuvre de JR, l’artiste originaire de Montfermeil, qui a réalisé un grand collage photographique mettant face à face les regards d’Adama Traoré et George Floyd.

Si elle a réalisé cette conférence de presse ce mardi midi, c’est pour dénoncer ce qu’elle estime être une tentative de récupération, à savoir l’organisation le soir même par SOS Racisme d’un rassemblement en hommage à Georges Floyd.

« Sans évoquer ce qu’il se passe en France et sans faire appel aux familles de victimes, dénonce Assa. Nous sommes nos propres porte-paroles, personnes ne porte nos voix. » Le comité Adama se place dans la lignée du MIB (Mouvement de l’immigration et des banlieues), qui dénonce encore aujourd’hui comment SOS Racisme, perçu comme une émanation du PS, a dépolitisé la lutte antiraciste. « Nous ne laisserons pas se reproduire 83 », prévient Youcef Brakni, en hommage à la « marche pour l’Egalité » devenue « marche des Beurs ».

Les annonces de Castaner jugées insuffisantes

Ce lundi, Christophe Castaner annonçait la fin des techniques d’étranglement et de leur enseignement dans les écoles de police et de gendarmerie. Des annonces « qui ne nous suffisent pas », affirme Assa Traoré. Elle et les autres intervenants réclament la dissolution de l’IGPN et de l’IGGN ainsi que l’interdiction de toutes les techniques d’immobilisation controversées, à commencer par le plaquage ventral qui a précédé la mort de son frère.

« Quand (le ministre) dit que la clé d’étranglement va être interdite, il ne vient pas nous sauver, dit la sœur d’Adama. Le collectif Vies Volées et le MIB ont fait un énorme travail depuis des années. S’il les avait écoutés, mon frère, Lamine Dieng, Ali Ziri et bien d’autres ne seraient pas morts ».

Les politiques et les médias ont souvent invisibilisé les violences policières en criminalisant les victimes ou en « déshumanisant les habitants des quartiers populaires », déplore Youcef Brakni. Almamy Kanouté salue lui les mobilisations massives qui dénoncent ces jours-ci les violences policières, écornant l’image internationale de la France comme « pays fraternel et de justice ».

Aujourd’hui et depuis le 2 juin, le rapport de force semble avoir évolué à la faveur du nombre. C’est pour confirmer cet élan que le comité Adama appelle à une nouvelle mobilisation, samedi 13 juin à 14h30 sur la place de la République. L’acteur des Misérables conclut : « On ne va plus demander d’autorisation à nos bourreaux. Si on doit se mobiliser on le fera, s’ils veulent de l’apaisement, qu’ils soient exemplaires. »

Céline BEAURY

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