De l’or sur le corps, Aya Nakamura apparaît devant les portes de l’Académie française. Accompagnée de la Garde nationale et de danseuses assorties, l’artiste francophone la plus écoutée à l’international a tout simplement enflammé la cérémonie des Jeux olympiques et paralympiques.
Cette cérémonie a fichu des frissons aux plus critiques de l’événement. En l’espace d’une soirée, la vitrine de la France s’est parée des personnalités qui participent de son aura à travers le monde. Voir l’enfant d’Aulnay-sous-Bois, née à Bamako, interpréter son tube planétaire “Djadja”, puis “For me Formidable” du franco-arménien, Charles Aznavour. Les frissons.
Le directeur artistique de la cérémonie, Thomas Jolly, a donné à voir une France sublime dans sa diversité. Zinedine Zidane, Barbara Butch, Rim’K, Nicky Doll, Paloma, Guillaume Diop, Céline Dion (punaise Céline)… L’image de Marie-José Pérec et Teddy Riner allumant la vasque olympique restera. Tout comme la reconnaissance posthume pour ces femmes dont les statues ont été érigées aux abords de l’Assemblée nationale. L’avocate féministe et anticolonialiste, Gisèle Halimi, l’anarchiste et anti-impérialiste, Louise Michel, la pionnière du féminisme noir, Paulette Nardal…
Champagne de larmes
Et pour final, une pluie de larmes de l’extrême droite si triomphante il y a encore quelques semaines. Les fascistes tiennent leur rôle et comme on s’y attendait, ils vomissent les arts et la culture. Eux, n’ont que la tradition et le patrimoine à la bouche. Il n’y a qu’à lire leur programme pour s’en convaincre et leur proposition pour « réarmer la culture patrimoniale ».
« L’essentiel de l’engagement des intellectuels fascistes officiels consistait à accuser la culture moderne et l’intelligentsia d’avoir abandonné les valeurs traditionnelles », soulevait Umberto Eco, il y a 20 ans. Récemment, les libraires de toutes les bonnes librairies ont eu le bon goût de ressortir son vade-mecum « Reconnaître le fascisme » (Eds. Grasset, 2010).
Une cérémonie sublime grâce aux minorités françaises
Cette cérémonie l’illustre mieux que tous les mots, les arts naissent dans les marges, chez les minoritaires, avant d’être institutionnalisés et revendiqués fièrement. C’est grâce aux personnes que la droite et l’extrême droite ciblent à longueur de temps que la France brille si fort aujourd’hui. Grâce aux drag-queens, aux banlieusard.es, aux enfants de l’immigration…
La magie de cette cérémonie laisse tout de même « un goût amer quand on pense au traitement médiatico-politique [des minorités] toute l’année », souligne la journaliste de Mediapart et ancienne du Bondy Blog, Faïza Zerouala. Pas mieux.
Les feux de Bengale n’effacent pas les propos transphobes du président de la République pendant la campagne législatives. Ni le vote de la loi Immigration adoptée dans un climat de propagande raciste. Ni les attaques contre les femmes musulmanes qui portent le voile, athlètes comprises. Ni l’hypocrisie d’une communauté internationale qui laisse mourir les Palestinien.nes sous les bombes israéliennes et ses exactions.
C’est nous (les naufragés) du Grand Paris
Un goût amer aussi parce que l’on sait que ces jeux représentent une absurdité économique, écologique et sociale. Hier encore, les associations dénonçaient le nettoyage social à l’œuvre pour permettre cette grande messe : 12 500 personnes expulsées, dénombrent-elles. Aussi, la Seine-Saint-Denis, toujours gagnante dans la catégorie « département le moins bien doté de France hexagonale », conservera son titre en matière d’infrastructures sportives. Et les promesses de renouveau urbanistique, ne laisse personne dupe : les JOP agissent comme un accélérateur de la gentrification à l’œuvre en Seine-Saint-Denis.
Reste qu’on ne peut pas se payer le luxe de laisser échapper ces moments de célébration d’un nous pluriel et indivisible. Cette joie, c’est la nôtre. Laissons-leur les larmes.
Héléna Berkaoui