En ce lendemain de premier tour d’élections régionales et départementales, les responsables politiques de premier plan et candidats locaux semblent enfin s’adresser, avec toute la condescendance du monde, à celles et ceux à qu’ils n’ont pas donné l’heure depuis des semaines, des mois, des années.

Celles et ceux à qui l’on a imposé des débats minables, sur des chaînes minables, autour du voile d’une candidate LREM lâchée par le courage de son parti, de la sécurité qui laisse mourir des jeunes mineurs, de la non-mixité devenue priorité nationale, de l’islamo-gauchisme d’extrême-droite réifié par le gouvernement, du supposé séparatisme, dans une année traversée par une crise sanitaire, sociale et sociétale où les réponses politiques ne se soucient que de l’extrême-droite qu’elles nourrissent.

La pauvreté, absente des débats politiques et des urnes

Le vrai séparatisme est pourtant là sous nos yeux. Dans les villes les plus pauvres de France, l’abstention est à plus de 75%. Mais qui donne l’heure à ceux qui font la queue devant les aides alimentaires pour ne plus avoir faim, en France en 2021 ? 

Aux réponses structurelles et au courage politique qu’imposent l’époque, se sont substitués la solidarité citoyenne et le bricolage politique. Et ça alors que le département est en position de responsabilité dans l’action sociale, avec le versement du RSA par exemple, que l’on a refusé de généraliser.

Alors évidemment, depuis hier soir et ce matin, sur les matinales et réseaux sociaux, on a le droit au jugement inquisiteur envers les abstentionnistes. Peu pourtant parlent du fait que dans les quartiers, le seul rapport à l’État pour beaucoup, se limite au face à face et la répression violente des forces de l’ordre, pour des masques non-portés, des attestations non remplies, ou des faciès pas assez blancs.

Et quand les acteurs et actrices sur le terrain, demandent du soutien pour préserver ce qu’il reste du tissu associatif précieux, face à la violence devenue banalisée, on regarde souvent ailleurs. Ailleurs vers la sécurité, que de nombreux candidats ont voulu mêler de force aux débats, alors qu’ils n’en n’ont pas la compétence.

À lire : pourquoi la sécurité s’invite aux débats des élections régionales

Des élections où les vieilles recettes politiciennes côtoient la privatisation du scrutin

De qui se moque-t-on quand on fustige l’abstentionnisme et le manque d’interêt de beaucoup pour ces élections ? Quand même l’État n’y met plus les moyens, à l’aune du fiasco des envois des professions de foi par Adrexo et La Poste. La démocratie se privatise, et l’offre politique ne répond plus à la demande citoyenne.

En témoignent les résultats catastrophiques des parachutages grossiers ici et là des candidats de la majorité, censée représenter le nouveau monde. Un nouveau monde où les grosses ficelles des arrangements politiciens ont vite fait la une des médias qui nous ont aussi présentés cette élection comme un tour de chauffe avant la présidentielle. Seule éclaircie de ce premier tour, les résultats encourageants de listes citoyennes, formées par la société civile issue du terrain qui parviennent à se hisser au second tour avec des scores qui permettent des motifs d’espoir.

À lire : Portraits de celles et ceux qui ne sont pas allés voter aux premier tour

Une jeunesse engagée et plus politisée que jamais sans cesse infantilisée

Mais ou sont les jeunes alors ? Pas dans les partis politiques classiques, à gauche comme à droite, qui malgré TikTok et Instagram, n’arrivent plus à leur parler, quand le RN fait le plein. 12% des candidats ont moins de 30 ans, deux à quatre fois plus que chez les autres formations politiques.

82% des 18-35 ans se sont abstenus pour ce premier tour des régionales et départementales. Mais qui ne s’intéresse pas à qui ? Partout en France, des jeunes se mobilisent face aux violences policières, aux violences sexuelles, à l’homophobie, au racisme sous toutes ses formes, à la destruction de l’environnement. Un engagement qui prend forme sur les réseaux sociaux, dans la rue, dans les associations, pas dans les urnes. La faute à qui ? Pas à celles et ceux qui en ont marre de voter contre.

Jalal Kahlioui

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