L’image est forte, le symbole l’est tout autant. Pour ses débuts à l’Assemblée Nationale, Louis Boyard, 21 ans, refuse de serrer la main aux députés du Rassemblement National lors du vote pour la présidence de l’hémicycle. Malgré les remarques sur le manque de « républicanisme » ou de neutralité de son geste, le plus jeune député de France l’assume et le revendique : « Nous sommes dans un contexte de pandémie. Une pandémie de racisme, antisémitisme, d’islamophobie. Dans l’intérêt de la santé de tous, j’appelle le président de la République et ses amis à ne pas serrer la main au Rassemblent National. Pourquoi ce qui était anormal il y a 20 ans, est normal aujourd’hui ? Face au Rassemblement National, on respecte les gestes barrières » affirme-il au micro de La Chaîne Parlementaire.

Pourquoi ce qui était anormal il y a 20 ans, est normal aujourd’hui ? Face au Rassemblement National, on respecte les gestes barrières.

Un geste pour projeter l’attention vers la percée historique du parti d’extrême droite, et faire face à la banalisation de son arrivée au pouvoir, qui inquiète la gauche. Lors des élections législatives, le RN a remporté 89 sièges de députés. Un score historiquement élevé pour un parti qui n’avait jamais dépassé les 8 députés sous la Ve République. Le 29 juin dernier, un tournant de plus a été franchi pour le parti d’extrême droite : pour la première fois deux députés RN – Sébastien Chenu et Hélène Laporte – accèdent au poste de vice-président à l’assemblée nationale. Élu·e·s avec 290 et 284 voix, le parti d’extrême droite, avec l’appui de la majorité présidentielle, s’offre une place de choix dans les institutions politique. Une issue que Louis Boyard est déterminé à combattre.

Un jeune qui parle au nom des jeunes et pour les jeunes

Parcoursup, la réforme du bac, le service national universel… Louis Boyard, nommé président de l’UNL – l’Union nationale lycéenne – en avril 2018, a mené de nombreux combats contre la Macronie. Il y rencontre d’autres jeunes qui partagent ses combats pour la justice sociale et l’égalité des chances. À 18 ans, il s’engage dans le mouvement des gilets jaunes, participe activement aux manifestations et, au nom de son syndicat, appelle les lycéens à faire de même : « Moi, je suis convaincu d’une chose : même quand on est jeunes, on a notre mot à dire sur les politiques qui sont mises en place. »

Louis Boyard à la rencontre des militant·e·s écologistes de Fridays for future.

Son premier véritable combat politique, il le mène alors qu’il n’est même pas encore majeur. En classe de terminale, au lycée Georges Brassens de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne). Il apprend qu’un bloc d’amiante – une substance particulièrement toxique – a été découvert dans une salle de cours. Avec d’autres lycéens, il décide d’exprimer son mécontentement en bloquant le lycée pour exiger une rénovation de l’établissement. « La mairie voulait qu’on ait cours alors que la situation présentait des dangers évidents : c’était absolument hors de question. Les profs et les parents se sont joints à nous. Puis au bout de trois mois de mobilisation, on a fini par obtenir une rénovation du lycée », raconte fièrement le jeune homme de 21 ans.

À celles et ceux qui répètent inlassablement que les jeunes sont désintéressés de la politique, le député de 21 ans répond de manière ferme : « c’est totalement faux ! ».  Il en veut pour preuve le fait que la jeunesse soit aujourd’hui « ultra connectée » et donc « ultra informée », particulièrement via les réseaux sociaux, premier mode d’accès à l’information pour les 15-34 ans. Selon les chiffres du ministère de la Culture 71% d’entre eux consultent quotidiennement l’actualité via les réseaux sociaux. L’étude montre aussi que, contrairement aux idées reçues, les jeunes s’intéressent beaucoup à l’actualité : 93 % des sondés déclarent s’intéresser à l’information.

Un canal d’information valorisé par le tout jeune député NUPES : « En scrollant sur Twitter, on peut tomber sur un thread qui détaille les conséquences du réchauffement climatique, sur un reportage qui montre les conditions de travail des agriculteurs… Le problème c’est que la jeunesse ne se retrouve pas dans le système politique actuel. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle est dépolitisée. »

Même quand on est jeunes, on a notre mot à dire sur les politiques qui sont mises en place.

Défendre la jeunesse est devenu un leitmotiv pour cet étudiant en droit. Son rôle important dans le syndicalisme lycéen l’a amené à être invité par de nombreux médias pour exprimer la voix des jeunes. C’est surtout pendant la crise sanitaire que Louis Boyard s’est fait connaître dans ce rôle de porte-parole officieux.

Face à des personnalités du gouvernement comme Sarah El Haïry, ex-secrétaire d’État chargée de la jeunesse, il s’est montré ferme et très à l’aise. Stress ? Appréhension ? Trac ? Il faut croire que le jeune Val-de-Marnais ne sait pas ce que c’est : « Lorsque je suis sur un plateau TV, j’oublie tout, je suis en mission. Je n’y vais pas en tant que chroniqueur, mais en tant que jeune. Pour défendre mes positions et convaincre les gens qui me regardent de l’urgence de la situation dans laquelle nous sommes. »

Quand il se met à évoquer les difficiles conditions de vie des étudiants, son visage se crispe, ses sourcils se froncent. Il faut dire qu’il sait de quoi il parle. Avant le premier confinement, Louis Boyard faisait de l’aide aux devoirs pour boucler ses fins de mois, mais il a dû stopper son activité professionnelle à cause du Covid. Il vivait alors « trois fois sous le seuil de pauvreté », et avait beaucoup de mal à joindre les deux bouts. « Quand on ne peut plus travailler, qu’on n’a donc plus de revenu mais qu’on doit tout de même se nourrir, payer un loyer, des charges, et que le gouvernement se satisfait de ses « repas à 1 euro », mais de qui on se fout ? », lance-t-il avec amertume.

Pour soutenir les jeunes dans sa situation, il a décidé de créer l’association : le Mouvement des solidarités étudiantes. Elle organisait des distributions alimentaires « pour aider les étudiants en galère », dont il faisait partie. « J’ai trouvé cette période particulièrement violente. Quand tu vois des gens qui font plus de deux heures de queue pour pouvoir manger, tu te dis que l’inégalité du système dans lequel on vit mérite vraiment qu’on se batte. »

Un « type de 21 ans » en campagne législative

La justice sociale, l’égalité des chances, l’écologie… Ces causes lui tiennent à cœur. Sur le terrain associatif et syndical, il lutte depuis des années pour celles-ci. Mais « il fallait que ça aille plus loin » dit-il d’un ton déterminé. En mars 2022, son téléphone sonne. L’antenne du Val-de-Marne de La France Insoumise lui propose de participer à son assemblée générale. Louis Boyard accepte d’y aller, par curiosité. Il apprend alors que LFI n’a toujours pas de candidat dans la troisième circonscription du Val-de-Marne, considérée comme ingagnable. Il est finalement choisi pour faire campagne sous l’étiquette insoumise, puis NUPES : « L’affiche était quand même marrante, un type de 21 ans face au rapporteur du budget (Laurent Saint-Martin, NDLR), l’une des personnalités les plus importantes de l’Assemblée. »

Débute alors une campagne législative, dans le Val-de-Marne, un département où il vit depuis ses années collège. Une campagne pas comme les autres, qu’il mène en parallèle de ses partiels de Licence 2 à Assas. « Je n’avais presque plus aucune vie sociale. Je me réveillais très tôt, puis je me couchais très tard. Même mes week-ends, je les passais sur le terrain », raconte Louis Boyard. Entouré essentiellement de jeunes militants, il diversifie ses actions pour toucher le plus de monde possible : distribution de tracts, réunions publiques, portes-à-portes, barbecues dans les quartiers…

Pour mobiliser les abstentionnistes, Louis Boyard a utilisé une arme particulièrement efficace : la discussion.

L’enjeu était de taille : convaincre les électeurs déçus du résultat de l’élection présidentielle qu’il y avait encore une possibilité de changer les choses. Cela n’a pas été simple. Dans certaines villes de la circonscription, l’abstention est de mise – à Valenton par exemple, le taux d’abstention au second tour de la présidentielle de 2022 était de 41%. Pour mobiliser les abstentionnistes, Louis Boyard a utilisé une arme particulièrement efficace : la discussion. Autour d’un verre de coca ou d’un sandwich à la merguez, il leur a parlé Smic à 1500€, retraite à 60 ans ou encore blocage des prix. Et il faut croire que cela a fonctionné, puisqu’il a réussi la prouesse d’être élu face au candidat sortant.

À grands pouvoirs, grandes responsabilités. Le jeune élu, qui va « très certainement » mettre ses études en stand-by pour se concentrer pleinement sur ses fonctions, en a conscience. Les électeurs lui ont fait confiance, « je leur dois ma victoire » dit-il. Certains n’avaient jamais voté de leur vie. Pourtant, ils ont fondé beaucoup d’espoir sur ce nouveau visage, qui déclare d’une voix déterminée vouloir faire bouger les lignes : « Maintenant, il va falloir que je rende des comptes. J’ai été élu pour changer la vie des habitants de ma circonscription. Ils m’ont fait confiance et il est hors de question que je les trahisse. »

Ayoub Simour.

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