« Ne pas tomber dans le fatalisme ». Le président (PS) du département de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, veut garder la face. Sévèrement frappé par l’épidémie de Covid-19, accusant notamment l’un des plus forts taux de surmortalité de France, le département a présenté ce mercredi 8 juillet un ambitieux plan de rebond « solidaire et écologique ».

Une aide sur les loyers pour limiter la casse

Sur les 55 millions d’euros qui l’abondent, un tiers financeront des dispositifs solidaires. Le département a notamment souhaité agir en direction des locataires les plus fragiles. Un fonds d’urgence doté de deux millions d’euros, abondé par le bailleur Seine-Saint-Denis Habitat à hauteur d’un million d’euros supplémentaire, sera notamment créé afin de soutenir les ménages impactés par la crise et fraîchement menacés par la précarité. Il devrait par ailleurs capter une partie du financement de la CAF93, qui s’est engagé à verser 500 000 euros au département. Si, au cabinet de Stéphane Trousse, on reconnaît qu’il est « difficile d’anticiper » combien de familles seront concernées par le dispositif, on estime que le fonds permettra, à raison d’une aide moyenne de 480 euros par foyer, de soutenir 4 000 ménages.

Le besoin est réel. Sur les seules données mobilisées par Seine-Saint-Denis Habitat, 2 500 foyers, sur les 82 000 locataires de son parc, ont contracté une dette moyenne de 500 euros durant le confinement. Plusieurs milliers de personnes avaient signé et relayé une pétition réclamant, début avril, la suspension des loyers pour les plus modestes.

Les collectivités ne peuvent pas se substituer à l’Etat

Le conseil départemental n’a pas choisi cette voie-là mais il assume un objectif simple : limiter la casse. Tout en disant son incapacité à pallier les manquements de l’Etat. « Notre effort est déjà considérable, puisque nous avons sécurisé trois millions d’euros pour ce fonds d’urgence, soit davantage que ce que verse annuellement l’État à la Seine-Saint-Denis pour l’aide aux loyers, indique la collectivité. Nous souhaitons aujourd’hui des réponses adaptées à l’ampleur des problèmes. Ça commence par davantage doter les fonds d’aides nationaux et une augmentation des APL. ».

Stéphane Troussel, le président du conseil département, lors de l’annonce du plan de rebond le 8 juillet à Bobigny / Crédit : Julie Déléant

Des mesures structurantes également souhaitées par Silvia Capanema, présidente du groupe insoumis au Conseil départemental. « Nous sommes satisfaits de voir un département moteur des aides sociales, salu-t-elle. Mais on ne peut se substituer à l’État. Les collectivités ne peuvent pas continuellement compenser. »

La Seine-Saint-Denis, en pleine mutation économique, ne souhaite pas renoncer à la dynamisation de son territoire. Aussi, les 16 autres millions fléchés vers le volet « Solidarités » seront injectés dans des fonds de relance ou des projets d’inclusion, d’insertion ou tournés vers l’emploi. Sont notamment concernées les associations d’aide alimentaire, fortement mobilisées durant le confinement et bien souvent asphyxiées par l’augmentation drastique de bénéficiaires. Le Secours populaire a relevé, dans certains centres, une hausse de fréquentation pouvait grimper jusqu’à 200 %.

« On a puisé dans notre fonds alimentaire financé par l’Union Européenne et nos fonds propres, mais nos entrepôts se vident », déplore Annick Tamet, du Secours populaire, qui se réjouit de ce « coup de pouce » du département. Face à l’urgence de la situation, Stéphane Troussel veut agir vite. Les premiers dossiers peuvent d’ores et déjà être déposés auprès du conseil, quant aux premières dotations, elles seront votées dès la prochaine commission permanente le 27 août.

La culture et le sport également soutenus

Naturellement, l’autre grand dossier est celui de l’économie sociale et solidaire, auquel seront dédiés 11 millions d’euros au total, dont une grande partie réservée à la transition numérique et écologique. En soutenant des acteurs préalablement identifiés de l’ESS, parmi lesquels France Active ou l’association Halage, qui emploie 78 ouvriers dans le département sur ses chantiers d’insertion, la Seine-Saint-Denis veut prouver que l’écologie, l’économie circulaire et la promotion de l’industrie propre restent au cœur de son projet de développement. La culture et le sport bénéficient chacun d’une enveloppe de 4,8 millions d’euros.

Lourdement sinistrés, les deux secteurs seront ainsi soutenus en conséquence, bien davantage que l’éducation, qui ne capte qu’un million d’euros du fonds de rebond. Reste désormais à coordonner la mise en place des projets. Leur efficience dépendra de l’engagement de chacune des parties prenantes. Le plan de « raccrochage scolaire » reposera ainsi principalement sur l’investissement des directeurs de collèges, qui seront invités à pousser directement le dispositif auprès des élèves.

Même principe au sein des clubs sportifs, qui pourraient voir leurs nombres d’adhérents chuter suite à la précarisation d’un nombre important de foyers. « On va informer les clubs et les associations que nous connaissons le mieux de l’existence de ce fonds départemental, et les inciter à identifier les ménages les plus fragiles afin qu’ils puissent se montrer coopératifs à leur égard », explique Clément Rémond, de la FSGT 93.

Les agents du département pourront consacrer une demi-journée par semaine à la solidarité

À peine évoqué au cours de la conférence de presse, un autre projet, unique par son ampleur au sein d’une collectivité publique, mobilise 15 millions de l’enveloppe globale du plan départemental, soit presque autant que le volet « Solidarités » présenté comme le chantier phare. Et pour cause : ce budget correspond en réalité à un volume en partie spéculatif, celui d’une aide en nature autour de la mise en place d’un important dispositif de mécénat de compétences.

S’ils le souhaitent, les 7 000 agents du département pourront, sur leur temps de travail avec maintien de salaire, consacrer une demi-journée par semaine à des actions de volontariat dans des structures solidaires œuvrant dans le département. Dans les faits. Car « mettre en place un plan de mécénat massif au sein du structure, ça demande beaucoup de savoir-faire », nuance Guillaume Brault, président de l’agence Carenews, média spécialisé dans l’économie sociale et solidaire.

« Il faut avoir identifié les missions, que les gens aient envie, et ensuite que ça matche, ajoute-t-il. Dans les entreprises, on constate par ailleurs un écart important entre ce à quoi les salariés ont droit et ce qu’ils consomment vraiment. » S’ils ne sont pas entièrement mobilisés par le mécénat de compétences, ces 15 millions seront-ils réinjectés dans les autres volets du plan de rebond ? Non, répond-on au département : « Hormis le fonds d’urgence pour l’aide aux loyers, qui pourra être abondé par d’autres bailleurs, les montants du plan sont sécurisés et pas modulables. »

Julie DELEANT

Crédit photo : JD / Bondy Blog

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