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Lundi 28 septembre au matin, devant les grilles du lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, les élèves étaient de nouveau nombreux, après une semaine de mobilisation pour de meilleures conditions d’apprentissage. À leurs côtés, le maire de Saint-Denis–Pierrefitte, Bally Bagayoko, venu afficher son soutien au mouvement. Entouré de plusieurs dizaines de lycéen·nes, l’élu LFI a entonné La Marseillaise, poing levé, avant d’être porté par la foule.

La ville de Saint-Denis–Pierrefitte soutient le droit des lycéens à se mobiliser et à exprimer leurs opinions

« La ville de Saint-Denis–Pierrefitte soutient le droit des lycéens à se mobiliser et à exprimer leurs opinions », a indiqué la municipalité. Cette nouvelle manifestation intervient trois jours après les interpellations de plusieurs élèves de Paul-Éluard lors du blocage de leur établissement, le plus important de la ville, vendredi 25 septembre.

Depuis une semaine, Paul-Éluard fait partie des nombreux lycées franciliens mobilisés contre les classes surchargées, le manque de personnel ou encore la dégradation des bâtiments. Des blocages ont également eu lieu dans plusieurs établissements de l’académie de Créteil au cours de la semaine passée. L’Union syndicale lycéenne appelle ce mardi à généraliser le mouvement, à l’occasion de la journée de mobilisation dans la fonction publique.

Au lycée à Saint-Denis, « on manque de tout »

À Paul-Éluard, les élèves mobilisés dénoncent d’abord leurs conditions d’étude. Laila*, 16 ans, énumère le manque de personnel et d’équipement. « Il n’y a quasiment pas d’infirmière ni d’assistante sociale », dénonce-t-elle en évoquant également les salles préfabriquées dans lesquelles « il peut faire jusqu’à 35 °C ». « On manque de tout et on n’est pas écoutés. C’est pour ça qu’on est obligés de manifester pour se faire entendre ! »

Lire aussi. À Saint-Denis, le lycée Paul Éluard prend l’eau

Du côté du personnel aussi, les conditions sont également dénoncées. Nasser*, assistant d’éducation dans l’établissement (AED), décrit des conditions de travail « hyper merdiques ». « « Il y a 16 personnes qui travaillent en tant qu’AED au lycée, et on n’a même pas un casier par personne. » Il pointe également la présence de rats et une toiture qui, l’année dernière, aurait menacé de s’envoler, entraînant l’évacuation en urgence d’une partie du lycée. « On veut que quelqu’un, scolarisé dans un lycée du 93, ne soit pas délaissé par rapport à Paris, qu’il ait les mêmes chances », insiste Nasser.

L’AED s’interroge également sur les priorités d’investissement. Il pointe notamment les sommes consacrées à la vidéosurveillance dans les lycées franciliens, alors que de nombreux besoins restent, selon lui, insatisfaits.

Vendredi, trois lycéens interpellés

Vendredi 25 septembre, dès 8 heures, des élèves ont bloqué l’entrée du lycée. Dans la matinée, les forces de l’ordre sont intervenues et trois lycéens mineurs ont interpellés. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des élèves ont également été gazés, frappés ou plaqués au sol lors de l’intervention.

Les lycéens se sont mobilisés pour leurs droits en nombre, et la police les a réprimés très violemment

Quelques heures plus tard, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblés devant le commissariat central de Saint-Denis pour réclamer leur libération. Parmi elles, des lycéen·nes, des membres du personnel de Paul-Éluard mais aussi des étudiant·es de l’université Paris 8. « Les lycéens se sont mobilisés pour leurs droits en nombre, et la police les a réprimés très violemment », dénonce Alexis, assistant d’éducation à Paul-Éluard et étudiant à Paris 8.

Me Prisca Ancion, avocate au barreau de Seine-Saint-Denis et militante au sein du Collectif d’action judiciaire de Révolution permanente, a assisté plusieurs des adolescents interpellés. Elle raconte avoir rencontré l’un des lycéens avec une importante blessure à l’œil. Selon le récit qu’il en a fait à son avocate, il aurait reçu des coups de pied alors qu’il était au sol, ainsi que des gifles et des insultes pendant son transport. Placé en garde à vue à 8 h 30, il n’avait toujours pas vu de médecin lorsqu’elle s’est entretenue avec lui vers 12 h 30, affirme l’avocate.

Le jeune homme poursuivi pour outrage et rébellion est finalement sorti de garde à vue sans poursuite. Les autres lycéens interpellés à Paul-Éluard ont également quitté le commissariat. L’un d’eux, âgé de 16 ans, a été présenté samedi après-midi devant le tribunal de Pontoise. Le juge l’a laissé repartir sans contrôle judiciaire ni mesure éducative. Il devra toutefois comparaître lors d’une audience prévue en décembre.

Me Prisca Ancion dit également avoir assisté un élève du lycée Bartholdi à Saint-Denis, placé en garde à vue pour refus d’obtempérer. Le lycéen lui a raconté avoir été frappé par des policiers pendant sa garde à vue après avoir choisi de garder le silence, sur les conseils de son avocate. L’avocate affirme avoir signalé au procureur les violences qui lui ont été rapportées.

Interrogés, ni la préfecture de police ni le parquet de Bobigny n’avait répondu sur ces faits à l’heure où nous publions cet article.

Le ton monte entre LFI et le gouvernement

Face aux blocages, le gouvernement affiche de son côté une ligne ferme. Les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale, Laurent Nuñez et Édouard Geffray, ont prévenu que les forces de l’ordre interviendraient en cas de violences ou de blocage total des établissements. « Si l’expression des lycéens doit être respectée, les actions violentes ne sauraient être tolérées », ont-ils écrit dans un télégramme consulté par l’AFP.

La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, évoque « 60 lycées perturbés en Île-de-France, 10 dégradés, 11 élèves et personnels blessés par des tirs de mortier ». 

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui accusé des élus de La France insoumise d’alimenter une « surenchère irresponsable ». « Instrumentaliser leur colère à des fins partisanes est une faute », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que « les difficultés des lycées doivent être entendues et traitées ».

Leurs revendications sont légitimes. Ils demandent que la République les respecte. Ils veulent vivre et travailler dignement

Jean-Luc Mélenchon a répliqué, lui a répondu en accusant le gouvernement d’avoir « ordonné la répression » du mouvement et appelé élus et militants insoumis à « s’interposer » auprès des lycéens.

Présent lundi matin devant Paul-Éluard, Bally Bagayoko a rejeté, lui, l’accusation d’instrumentalisation. Le maire LFI de Saint-Denis–Pierrefitte a invité le Premier ministre à venir rencontrer les élèves. « Leurs revendications sont légitimes. Ils demandent que la République les respecte. Ils veulent vivre et travailler dignement. »

Christiane Oyewo et Héléna Berkaoui 

Photo : Hamama Temzi

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