Pendant que les violences policières s’ancrent et sautent aux yeux de la société toute entière, les pionniers de la lutte continuent leur combat. Dimanche, à Champs-sur-Marne, ils étaient au moins 300 à se réunir à l’appel du comité Vérité et Justice pour Gaye Camara, l’une des nombreuses victimes des violences policières issues des quartiers populaires.

Deux ans après sa mort, l’émotion était encore vive à l’évocation du nom de ce jeune homme, décédé d’une balle dans la tête dans la nuit du 16 au 17 janvier 2018. Pour rappel, Gaye est ce soir-là au volant d’une voiture avec deux de ses amis, à Epinay-sur-Seine. Un des passagers descend pour monter dans une Mercedes signalée comme volée. Des policiers en planque surveillent le véhicule. Gaye, lui s’apprête à repartir. Les policiers tirent à plusieurs reprises. Gaye est touché à la tête. Il succombera le lendemain de ses blessures. A seulement 26 ans.

Les autres comités ont répondu présent

C’est pour lui que tous ces gens sont venus ce dimanche. Des gens de chez lui, des gens de Grigny, des gens du 9-3 mais aussi des gens de Lyon, de Grenoble, de Blois ou de Rennes… Mahamadou, le grand frère de Gaye, est forcément ému de voir tout ce monde rassemblé. Dans un discours fédérateur, il remercie le public et il rappelle : « Aujourd’hui, tout le monde est concerné (par les violences policières), sans distinction de couleur ou de religion. »

Parce que tout le monde est concerné, l’urgence est encore plus grande de s’organiser et d’agir. C’est tout le sens des interventions qui se succèdent sur scène. Les militants de la question sont là, les différents collectifs, les proches des victimes aussi, eux que la peine a rapprochés. Fatou Dieng, sœur de Lamine, mort en 2007 à Paris, est présente pour lui et pour le collectif Vies Volées qu’elle représente. Elle réclame l’interdiction des techniques mortelles d’immobilisation et appelle à une marche le 14 mars, à l’occasion de la journée internationale contre les violences policières.

On vient affirmer nos dignités pleines et entières

Le comité Adama est là aussi, représenté par Assa Traoré et Samir Baaloudj. La première rappelle que « les non-lieux, comme celui vécu il y a quelques mois par les Camara, sont insoutenables pour les familles ». Le second réaffirme, quant à lui, la nécessité de « s’organiser avec un discours politique » et invite le public à suivre le modèle du comité Justice pour Gaye. Un peu plus tard, c’est Omar Slaouti, militant antiraciste de longue date et porte-parole du comité Ali Ziri, qui martèle énergiquement : « On vient affirmer nos dignités pleines et entières. Le combat continuera jusqu’à ce qu’on soit reconnu à égalité de droits ! »

Les représentants des différents comités présents, ensemble sur scène

Grigny est également représenté par deux « figures » de la ville. Djigui Diarra, venu projeter son court-métrage Malgré eux, traitant des violences policières, invite « chacun à agir dans son domaine de compétence, pour ne pas laisser les autres raconter nos histoires à notre place ». A ses côtés, Aboubakar Sakanoko, fondateur du média Blockout Radio, appelle chacun à prendre ses responsabilités. « On assiste à un phénomène de dynastie, déplore-t-il, certains prennent la relève de leur père. Aujourd’hui, les enfants de 20 ans sont les petits de ceux qui ont grandi en cité. Pas de parents qui arrivent du bled. »

Dans la salle, l’ambiance est familiale. On note une compassion sincère où chacun tente de réconforter l’autre, comme pour exorciser un deuil collectif. En fin de journée, on diffuse le documentaire Le Combat d’une vie, réalisé par Bertrand Bricy, un ami de Gaye. Une demi-heure d’images et de témoignages des proches de Gaye, où l’on découvre son histoire, sa personnalité et ce que son décès a changé à la vie de ses proches. Un moment à la fois intime et émouvant.

S’engager localement pour faire avancer la lutte

La journée aura également eu son versant politique. Maud Tallet, la maire (PCF) de Champs et candidate à sa réélection, était là pour réaffirmer son soutien au comité. Et son opposition aux violences policières, « inacceptables » comme elle l’affirme : « Le droit de manifester son opinion, comme celui de vivre dans les quartiers est mis à mal par certains membres des forces de l’ordre qui se croient impunis lorsqu’ils tapent sur des manifestants ou des gens des quartiers. »

Pour traduire ce soutien de longue date, l’élue a proposé au comité d’intégrer sa liste pour la prochaine mandature. « Deux jeunes du collectif vont faire partie de l’équipe de Madame la Maire, annonce à la tribune Mahamadou Camara. Ils seront élus si elle gagne l’élection. » Et le porte-parole du collectif au nom de son frère d’expliquer : « On doit s’organiser politiquement parce qu’on n’est pas représenté. » Samir Baaloudj, ancien militant du MIB, réagit en écho : « Quand on s’associe avec la mairie, ce n’est pas pour faire de la politique de pacotille ! C’est pour avancer ensemble avec les gens du quartier. »

En début de soirée, vers 19 heures, tous les intervenants sont invités à monter sur scène. On s’enlace, on se remercie. « C’était important d’être là », entend-on ici et là. Les militants des quartiers populaires, de plus en plus solidaires et organisés, se donnent déjà rendez-vous pour les prochaines actions. Mahamadou Camara salue une « union » indispensable pour « établir un rapport de force » et résume : « J’ai perdu un frère mais j’ai gagné une famille. »

Céline BEAURY

Crédit photo : CB / Bondy Blog

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