Derniers articles
-
« Black Swan », si beau, si cruel
C'est une danse maléfique, qui emporte dans les méandres de l’âme. Une danse comme un tourbillon, où le corps se détend, s'élance, s'embobine, se fige. Elle est là, gracieuse, dans les eaux dangereuses du Lac des Cygnes. Nathalie Portman est Nina, une timide danseuse du New York City Ballet. Des années que la rigueur la contraint à se lever, s'étirer, s'échauffer... Des années qu'elle est un petit rat d'opéra, jamais distribuée dans les grands rôles. Cloitrée dans une salle aux barres parallèles et aux miroirs aux mille reflets. La nuit, encore chez sa mère, elle se couche dans sa chambre. Les murs sont roses. Nina est une gamine sage, qui n'a pas grandi et que la routine de la vie a prise dans ses filets.
-
Ils étaient frères, les voilà ennemis
L'odeur du souffre. Le bruit des bottes qui frappent la terre. Ses yeux sont des billes qui balayent le paysage. Il rôde, épie. Hier soir, quand il a vaguement passé un gant de toilette sur son corps dégueulasse, il a senti une boursouflure sur son épaule gauche. Le poids du fusil automatique dont il ne se sépare plus. Il endure en silence. L'armée, c'était la bonne planque, se disait-il. Jamais il n’aurait imaginé ce soulèvement.
-
« La critique n’est pas du racisme »
A la radio, on l'écoute. Elle a la voix posée. Dans les journaux, on la lit. Parfois cinglante, parfois drôle. Souvent opposée. A la télé, on la voit souvent énervée. Elle entre au lycée Blanqui par la grande porte. Quelques élèves, sans trop la reconnaître, la salue. C'est sa première fois, ici, dans un lycée. Elle a l'air contente d'y être. Elle est venue parler, échanger dans le cadre du cours d'Autodéfense intellectuelle de Sophie Mazet, professeur d'anglais. La dernière fois, c'était l'intellectuel Tzetan Todorov. Aujourd'hui, round 2, c'est Caroline Fourest, essayiste et journaliste, qui s'y colle.
-
Chatel et Pécresse aux lycéens stressés : soyez Zen
Un mec gueule. Un autre lui tape sur la tronche. Ils rigolent. Coup de coude, coup de pied. Le mec riposte. Coup de tête léger. Baston annoncée. Ils rigolent un peu moins. Coup de genou, coup de sac, ça s'échauffe. Ils ne rigolent plus. Et oust, ils disparaissent. Nous entrons dans le lycée Turgot, situé dans le 3e arrondissement de Paris. Une surveillante nous dit que « pour Chatel, faut traverser la cour ». Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, tête de turc des lycéens comme l’ont été à peu près tous ses prédécesseurs face à la corporation lycéenne, est de passage dans cet établissement pour lancer la procédure d'admission post-bac (APB), un site informatique d’orientation universitaire et professionnelle qui sera lancé le 20 janvier, avec un choix de 9000 métiers ou activités !
-
Femme de l’année : Liliane Bettencourt
Chère Liliane, on le sait bien, la vie n'est pas simple. Tu as dû en vivre des belles, des vertes et des pas mûres, mais celle-là, tu n'a pas dû t'y attendre. Tu n’as même pas eu le temps de t'y préparer. Du jour au lendemain, la maudite année 2010 a frappé dans ta vie. Et cette chienne s'est acharnée. Liliane, ô douce Liliane, voir le ciel qui nous tombe sur la tronche, c'est jamais facile. Surtout quand il ne prévient pas. Voir l'orage qui fend les nuages et nous tombe sur les épaules, c'est toujours horrible. Mais Maudite 2010 l'a décidé ainsi.
-
« Il ne faut pas imposer la mémoire commune, mais la revendiquer ! »
Elle attend de pied ferme. Elle regarde systématiquement son téléphone. Les minutes s'égrènent trop longtemps. 15h58. Elle hait les bouchons. 15h59. Elle se dit qu'il ne viendra jamais. 16 heures. C'est certain, c'est foutu. 16h01. Un taxi s'arrête devant le lycée. Elle sort. Tzvetan Todorov sort de la voiture. Elle l'emmène jusqu'à la grille du lycée. Puis, ensemble, ils entrent. Elle n'y croyait plus, mais il est là, il est venu. C'est sa première fois dans un lycée. Juste avant, l'intendante était sortie de son bureau, pour le voir en vrai. Avant qu'il n'arrive, elle a filé « pour pas faire la groupie ».
-
Philippe Rochot, l’Orient dans la peau
Quelque part, entre le Pakistan et l'Afghanistan, au moment de l’invasion soviétique. Soleil brûlant. Philippe Rochot transpire. Une type armé demande, en désignant ce journaliste français qui pourrait passer pour un Russe : « C'est qui celui-là ? » Le moudjahidin qui accompagne Rochot, ment : « Il vient du Nouristan. » L'autre n’est pas dupe : « Ça m'étonnerait. » Tout compte fait, il les laisse passer. Les voilà en Afghanistan.
-
L’ambassadeur des USA à Paris : « Le rêve américain vit encore»
On ne saura pas si Barack Obama a bien dormi. De l'autre côté de l'Atlantique, les américains votaient. La presse, déchainée depuis un bail, prévoyait le raz-de-marée républicain et le Daily Beast criait au « Bain de sang ». On ne saura pas non plus si Michelle, qui s'est tant démenée, a bien dormi. Et Hillary, et les autres ? La nuit fut agitée. Au petit matin, les électeurs avaient parlé, à coups de votes. Ils avaient tranché. La chambre des représentants chipée aux démocrates s'était coloriée en rouge républicain (239 républicains/183 démocrates). Seul le Sénat résistait difficilement à la vague (51 démocrates/46 républicains).
-
Notre banlieue est suspendue à un fil. Et ce fil se tend
Un homme. On le connaît pas. Mais lui, il nous connaît. Il connaît nos noms. Il sait qu'on habite en banlieue : « Ah non, mais quelle chance ! La banlieue, c'est vraiment exceptionnel ! J'y ai tourné un clip publicitaire il y a quelques jours. Quelle solidarité entre voisins. Waouh ! » Une femme. On la connaît pas vraiment. Elle ne nous connaît pas vraiment non plus. On se présente. Elle habite pas loin, dans Paris, à quelques stations de métro de chez nous. On lui dit qu'on habite Saint-Ouen et La Courneuve : « Ah, pauvres garçons... Pas trop durs comme coins ? Parce qu'avec c'qui s'raconte à la télé, ça n'a pas l'air simple. Faut que vous réussissiez à sortir de là. »