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Au cœur du quartier de la banane, le foyer des Amandiers-Troënes (Paris, 20ᵉ) est en lutte. Sur la façade, une banderole accrochée avec du scotch intime : « Stop aux expulsions ». Depuis vendredi dernier, les résidents de ce foyer bloquent la structure pour protester contre l’expulsion de M. Niabaly Djiby, 79 ans, un retraité expulsé de son logement par les forces de l’ordre le jeudi 26 septembre. « Les policiers sont venus hier, ils ont vidé notre studio, ils ont mis nos affaires dehors et ils ont changé la serrure », nous racontait-il.

Une expulsion qui intervient après qu’il a été poursuivi et condamné pour « occupation illégale » de ce logement qu’il occupe depuis la création du foyer en 1983. Il lui est reproché d’avoir hébergé son fils. Dès le lendemain de l’expulsion, la porte du logement a été forcé pour qu’il puisse réintégrer sa chambre.

Tous les gestionnaires ont cette politique d’expulsion parce que la résidence sociale a changé la vocation des foyers de travailleurs migrants

Ce n’est pas une exception. Dans ce même foyer, il y a eu près d’une dizaine d’expulsions au cours de l’année, toutes pour « occupation illégale ». Ces situations ont également cours dans d’autres foyers de travailleurs migrants ou résidences sociales. « Tous les gestionnaires ont cette politique d’expulsion parce que la résidence sociale a changé la vocation des foyers de travailleurs migrants, à savoir loger les travailleurs migrants », renseigne Olivier Akroum, du Collectif Pour l’Avenir des Foyers (Copaf).

En effet, depuis le lancement du plan de traitement des foyers de travailleurs migrants (FTM) en 1997, « ces foyers sont progressivement transformés en résidence sociale ».  Des logements qui se veulent plus décents, mais qui se développent parfois au détriment des résidents de ces foyers.

Lire aussi. Au foyer des Amandiers, un retraité expulsé pour avoir hébergé son fils

Souvent, ces vagues d’expulsions sont consécutives aux travaux de réhabilitation des foyers de travailleurs migrants, remarque Ladji Sakho, conseiller délégué au maire du 20ᵉ en charge des foyers de travailleurs. « Avant la rénovation de foyer, il n’y avait jamais eu de problèmes », indique-t-il. La suroccupation des chambres de ces foyers n’est pas une nouveauté, mais elle était relativement tolérée par les gestionnaires par le passé.

Une mobilisation qui s’étend au quartier de la banane

« Ils veulent les remplacer par d’autres personnes. C’est ce qu’il se passe aujourd’hui, et si on laisse faire, ça va se passer ailleurs », prévient Ladji Sakho. Ce dernier a, lui-même, vécu en foyer durant dix ans. « C’est difficile pour nous, il n’y a pas d’intimité, pas de vie… Le fait qu’on soit là, c’est bien parce qu’on n’a pas le choix », veut-il souligner.

Il y a la loi, mais il y a l’humanité aussi. Ici, nous vivons avec la peur au ventre d’être expulsé

Alors que les résidents et leurs soutiens occupent le hall depuis maintenant quatre jours, Monsieur Dia, porte-parole des résidents pour la journée, fait un point sur la situation. « Aujourd’hui, il y a une forte mobilisation des foyers d’à côté, des associations, des élus », salue l’homme longiligne. Depuis vendredi, le hall du foyer des Amandiers voit en effet passer des riverains et des élus qui se mobilisent pour les soutenir. « Nous voulons un dialogue pour trouver une solution. Nous sommes déterminés, nous ne bougerons pas, nous ne voulons pas la violence, mais des solutions », insiste Monsieur Dia, face à une assistance attentive. « Il y a la loi, mais il y a l’humanité aussi, appelle-t-il. Ici, nous vivons avec la peur au ventre d’être expulsé. »

Écharpe tricolore en bandoulière, la députée de la circonscription, Danielle Simonnet, a fait le déplacement. Au fil des échanges, elle est interpellée sur les leviers à activer au niveau du Parlement. Alors que les expulsions locatives se multiplient depuis la promulgation de la loi dite “anti-squat”, la députée explique que la « fenêtre de tir très restreinte à l’Assemblée nationale ». 

Des réunions à venir avec le gestionnaire pour trouver une issue

Du côté de la mairie de Paris, Jacques Baudrier, adjoint au Logement, est, lui aussi, venu en soutien. Une première réunion doit se tenir demain entre les représentants d’Adef résidences, les résidents du foyer des Amandiers et la mairie du 20ᵉ. Jacques Baudrier rencontrera, lui, le directeur d’Adef résidences dans les jours suivants pour trouver une solution. « Ils ont la loi pour eux, mais, nous, on fait pression pour qu’ils fassent preuve d’humanité », explique l’élu. Lui tient à souligner le contexte de la crise du logement qui rend le parc locatif privé inaccessible pour les travailleurs immigrés.

« Le vrai sujet, c’est la crise du logement social. Si on taxait les logements vides et les résidences secondaires à Paris, ça rapporterait énormément d’argent et beaucoup de logements se libéreraient », esquisse-t-il en guise de solution pérenne. Aujourd’hui, la capitale compte quelque « 300 000 logements vides, c’est-à-dire 20 % des logements ».

Toutes les revendications évoquées ici, sont symptomatiques de ce que sont les foyers

Dans le hall du foyer des Amandiers, les discussions se poursuivent et les résidents expriment d’autres griefs. « Quand on a problème dans le logement, ils nous font attendre des mois et répercutent la surfacturation sur le loyer », rapporte, par exemple, Monsieur Dia. D’autres se plaignent de l’intrusion des agents d’Adef résidences dans leur logement. « Toutes les revendications évoquées ici, sont symptomatiques de ce que sont les foyers. C’est du “sous droit du logement” pour les catégories de personnes marginalisées », peste Olivier Akroum du Copaf qui observe des situations similaires dans les autres foyers.

Les résidents restent mobilisés contre les expulsions

De son côté, Adef résidences* assume sa position et dénonce « une occupation illégale, injuste et dangereuse ». Le gestionnaire affirme que «  trois personnes, qui ne sont pas les titulaires du bail, vivent (dans le logement de M. Niabaly) sans aucun titre depuis plusieurs années, de manière non déclarée et non autorisée ». Et de rappeler la décision du tribunal qui ordonne l’expulsion en avril 2023. De son côté, M. Niabaly reconnaît avoir aussi hébergé des cousins, mais assure ne plus vivre qu’avec son fils depuis. Un débat qui va se poursuivre au cours des réunions prévues les jours prochains.

« Nous demanderons à ce que M. Niabaly soit réintégrer ainsi que Syma Mamadou Boubacar », précise Ladji Sakho. Durant l’été, alors qu’il était en vacances, Syma Mamadou Boubacar, 78 ans, a été expulsé. Il a retrouvé la serrure changée à son retour et n’a depuis pas trouvé de solutions. « Je suis là depuis 1983, j’ai toujours payé mon loyer à temps », nous signifie-t-il. Les résidents réclameront également que toutes les personnes du foyer qui sont sous le joug d’une procédure d’expulsion se voient proposer un nouveau contrat. Soutenus par les élus et les habitants du quartier, les résidents du foyer des Amandiers ne comptent pas baisser les bras.

Héléna Berkaoui 

*Contacté avant la publication de notre premier papier, Adef résidences nous a répondu par mail. Nous reproduisons ici l’intégralité de leur réponse :

« L’expulsion ordonnée par le tribunal est la conséquence d’une occupation illégale, injuste et dangereuse du logement.

1/ illégale car trois personnes, qui ne sont pas les titulaires du bail, y vivent sans aucun titre depuis plusieurs années de manière non déclarée et non autorisée (sans contrat de location et sans assurance habitation), ce qui est parfaitement illégal, comme l’a reconnu le Tribunal en avril 2023 ;

2/ injuste car cette occupation illégale prive d’autres personnes en attente de logement d’une habitation (les attributions sont faites par les autorités fonction des critères de priorité liés à la situation sociale des demandeurs) 

3/ Dangereuse car ce logement, prévu par la loi pour accueillir une personne, est parfaitement inadapté à une occupation permanente par trois voire quatre occupants, et fait courir des risques aux autres résidents (utilisation non conforme des installations électriques, jauge pour évacuation, risques incendie…) ;  

Nous ne pouvons que regretter et dénoncer cette situation alors que nous avons mené plusieurs tentatives de conciliation, en lien avec la Mairie de Paris. »

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