Le 31 décembre 2011, Wissam El Yamni est interpellé par la police après des jets de pierre contre leur véhicule dans le quartier de La Gauthière à Clermont-Ferrand. L’interpellation est violente et le jeune homme perd connaissance. Wissam El Yamni tombe dans le coma et perd la vie le 9 jours plus tard, à l’âge de 30 ans, au CHU de Clermont-Ferrand.

Une longue bataille d’experts commence et le dernier rapport de 2019 révèle que la mort a pu être causé par « l’intervention d’un tiers ». Pour la famille, cela vient contredire les hypothèses émises par un collège d’expert mandaté par la Justice en 2013, selon lesquelles le décès serait liée à l’absorption de cocaïne .

« Nous engageons une plainte pénal contre le médecin légiste Michel Sapanet », annonce Henri Braun, l’avocat de la famille, contre l’homme à l’origine du rapport d’expertise commandé par le magistrat instructeur. « Nous saisirons aussi l’Ordre des Médecins pour faire le bilan et comprendre pourquoi il y autant de retard dans ce dossier », ajoute l’avocat.

Wissam El Yamni, chauffeur routier de 30 ans, est mort suite à son interpellation violente du 31 décembre 2011.

Les dysfonctionnements de la justice

Depuis le début de l’affaire, la famille El Yamni remet en question les méthodes utilisées pour la conclusion des rapports d’expertises, selon eux sans démonstration scientifique probante, et le fonctionnement de la procédure judiciaire.

Farid, frère de la victime, rappelle que certains témoins présents lors des faits n’ont toujours pas été entendus à ce jour. Les policiers à l’origine de l’interpellation doivent toujours être entendus de nouveau, par la juge d’instruction, suite à la décision de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Riom, qui date déjà du 15 juillet 2020.

Aujourd’hui, la famille décide de faire bouger les choses en remettant en question la crédibilité de l’expert. « A partir du moment où ceux qui nous empêchent de faire la vérité, refusent de reconnaître leur responsabilité, notre stratégie aujourd’hui, c’est d’attaquer ces personnes », clame Farid El Yamni.

En janvier 2016, une contre expertise indépendante, remis à la famille El Yamni démontrait que la cocaïne n’influait plus le comportement du jeune lors de son interpellation. L’avocat Henry Braun rappelle: « L’analyse toxicologique a montré qu’il restait des résidus de cocaïne dans le corps de Wissam à niveau infinitésimale et cela ne peut pas avoir causé la mort ». 

« Quand on dit qu’on s’attaque aux personnes, ce n’est pas dans un état d’esprit de vengeance, on veut juste expliquer des dysfonctionnements institutionnels qui sont dus à des rapports et des décisions. On fait un travail de déconstruction de l’instruction », ajoute Me Braun.

Un combat pour la vérité depuis 9 ans

Lorsque Farid El Yamni prend la parole, ses mots peinent à sortir. Neuf ans après la mort de son frère, l’émotion est toujours palpable  : « cette expertise a été pour nous, très injuste. Il (le médecin légiste, sic) ment sur tous les points. Entre le moment où il a le corps pour faire l’expertise et le moment où il rend son rapport, le corps est enterré et il sait qu’il ne sera plus possible de l’analyser. Il sait qu’il aura le dernier mot ».

Le sentiment d’impuissance se mêle alors à sa volonté d’être entendu par la justice, une institution dans laquelle les proches de la victime avaient placé leur espoir. « Au départ nous avons donné notre confiance à la Justice et au final, celui qui aurait dû faire la vérité est celui qui l’a détruite et qui nous a empêché de nous défendre ». 

Sur le plan humain, de la science, de la légalité, de la légitimité, à tous les niveaux, c’est une énorme injustice. 

Pour la famille et leur avocat, les pièces du dossier n’ont pas été correctement exploités, comme les photos de son frère qu’il dénonce comme anti-datées, les vidéos qui n’ont pas été exploitées, des auditions de témoins orientées et des rapports d’experts affirmatifs plutôt que démonstratif. En 2017, la cour d’appel Riom, en charge du bon déroulement de l’enquête, confirme cet élément. « Sur le plan humain, de la science, de la légalité, de la légitimité, à tous les niveaux, c’est une énorme injustice. La Justice a été bloquée. »

Aucune décision de justice n’a encore été prononcée dans cette affaire qui s’étire depuis maintenant neuf ans. « Nous voulons repartir sur de bonnes bases pour arriver à ce qui est enfin un procès », c’est ce que met en avant Me Braun.

La famille El Yamni compte bien aller jusqu’au bout et l’objectif au long court est aussi d’obliger l’audition des témoins jusqu’ici mis de côté.A la sortie de conférence de presse, Farid confie « maintenant on change de posture. On ne veut pas d’une justice basée sur des mensonges mais sur la vérité ».

Audrey Pronesti

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