Des murs recouverts de suie, un sol parsemé de débris calcinés et quelques vitres brisées. Les mines sont dépitées face à la permanence de campagne du leader de liste citoyenne, Poing commun, Fouad Ben Ahmed. C’est dans la nuit de jeudi à vendredi, vers 4 heures du matin, que l’incendie a frappé le local. Le voisin du dessus, qui aurait pu y passer, a été réveillé par une explosion. « J’ai appelé les pompiers, j’étais encore en ligne qu’ils étaient déjà là », explique-t-il encore secoué. L’incendie a rapidement été maîtrisé par les sapeurs-pompiers mais les dommages sont là et la symbolique fait mal.

Au milieu de ses soutiens, Fouad Ben Ahmed s’engage dans sa permanence et constate l’ampleur des dégâts. Dans le fond du local, une vitre est complètement brisée. « Ils ont dû rentrer par là », présume-t-il Le caractère criminel de l’incendie fait peu de doute, un liquide inflammable ayant été retrouvé sur les lieux. « Ça nous renforce dans notre conviction qu’on dérange mais ils ne pourront pas brûler les bulletins de vote », affirme le candidat qui a maintenu le café citoyen censé se tenir dans la permanence ce vendredi soir. « Il aura lieu devant la permanence et on apportera des boissons chaudes », précise Chayma Drida, directrice de campagne de Poing commun.

(C) Héléna Berkaoui

Le 8 janvier, le BB était dans cette permanence pour assister à la conférence de presse pour le lancement officiel de la campagne de Poing commun. Le local sentait la peinture fraîche et les compagnons étaient super enthousiastes. « C’est une campagne qui s’annonce dur mais nous on va se battre programme contre programme », assure Fouad Ben Ahmed qui va tout de même devoir dire momentanément au revoir à un local qui lui permettait de recevoir du monde et d’organiser des événements.

Un climat de campagne déjà tendu

Alors que la campagne des municipales rentre dans le dur, cet incendie ravive les mauvais souvenirs de la campagne de 2014 (lire notre article) et fait craindre un bis repetita. En face de la permanence de Poing commun, celle des communistes est scotchée. « Ce n’est pas le débat démocratique ça, c’est de la violence pure, s’exclame Mohamed Aissani, responsable de la section PCF locale. Déjà que l’image de Bobigny est dévastée depuis six ans… ».

Pour lui, cet incendie s’inscrit dans un climat de campagne déjà tendu. Il y a deux jours, un de leurs militants a été insulté et sommé de quitter les lieux alors qu’il faisait du porte à porte dans la cité Salvador Allende, rapporte-t-il. Une main courante a été déposée par les communistes, qui assurent : « On ne se laissera pas faire. Ce climat pourri, on n’en veut pas ».

Je pensais sincèrement que les mauvais souvenirs des attaques que nous avons subies en 2014 faisaient réellement partie…

Publiée par Christian Bartholmé sur Vendredi 24 janvier 2020

Le candidat des communistes, Abdel Sadi, et celui de la majorité sortante, Christian Bartholmé (UDI) se sont tous deux fendus d’un communiqué de soutien après l’incendie (voir ci-dessus). Le président du conseil départemental, Stéphane Troussel (PS) et d’autres maires ont également témoigné leur soutien à Fouad Ben Ahmed. Si les spéculations vont bon train autour de la permanence calcinée, il sera vraisemblablement difficile d’identifier l’auteur et les raisons de cet incendie, même avec l’exploitation des caméras de vidéosurveillance.

Dans un café de l’avenue Jean-Jaurès, un client accueille la nouvelle par un catégorique : « Ça, c’est la concurrence ». Qui peut avoir intérêt à mettre le feu à une permanence de campagne ? « Je ne vois pas l’intérêt, si ce n’est dégrader le climat, commente Mohamed Aissani. Ce qu’on risque, c’est une forte démobilisation citoyenne. C’est un coup dur pour la campagne et on va tous en pâtir. »

(C) Héléna Berkaoui

Niveau ambiance de campagne, rien ne laissait présager un acte d’une telle violence. Poing commun et les communistes se plaignent bien de ne pas pouvoir poser leurs affiches en paix. « Elles sont systématiquement passées au Karchër », dit Fouad ben Ahmed quand les communistes se plaignent d’avoir été verbalisés par la police municipale. Selon eux, la mairie ne respecterait pas le nombre minimum d’espaces d’affichage électoral. Rien de comparable donc avec le fait de carboniser le local d’un candidat.

De son côté, le candidat de la majorité Christian Bartholmé a affirmé son opposition totale à ce type de pratiques : « Ayant à titre personnel subi des actes similaires à mon domicile, je sais le traumatisme ». La voiture du candidat UDI et celle de sa femme ont effectivement été incendiées devant son domicile, il y a de cela deux ans. On imagine mal (ou on ne préfère pas imaginer) comment le climat pourrait encore se dégrader.

Héléna BERKAOUI

Crédit photo : HB / Bondy Blog

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