Derniers articles
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La révolte de Mohammed
Pourquoi ils ne nous donnent pas des bons points sur notre carte de séjour? Ce matin, Mohammed, un autre animateur de jeunesse pousse un coup de gueule bien senti. Cela fait plus de quinze ans qu'il travaille pour la Mairie. Il a la quarantaine, est marié et père de trois enfants. Aujourd'hui, il a le blues. J'ouvre les guillemets et je vous laisse entendre, cher lecteur. "Je suis né ici et j'y ai fait toutes mes écoles. Pourtant je ne veux pas de leur passeport français. Que l'Etat arrête de nous faire tout ce tralala pour les papiers alors que nous sommes nés sur le territoire français. Je suis Français comme tout le monde. Toute ma famille est née dans le neuf trois (département 93). Je suis fier car j'ai toujours travaillé depuis que je suis sorti de l'école. Notre père nous a bien éduqués. Il nous a toujours dit que le travail est important. Même si je suis Algérien, je suis plus intégré que d'autres personnes qui ont le passeport français. Ce serait nous montrer du respect que de nous offrir ce passeport sans que nous le quémandions. Et il ne faut pas qu'ils nous disent de choisir entre les deux pays. J'aime mes deux histoires".
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Au marché de Bobigny, on se croirait au bled !
Rendez-vous ce dimanche matin avec Bahdja et Faten, l'épouse et la fille de Mohamed, l'animateur. Nous allons faire un tour au marché de Bobigny. "Tu verras, on se croirait au bled", m'a prévenu Mohamed. En effet. Des tissus pour confectionner des robes de mariée "comme là-bas", au stand de musique qui vend le dernier CD de "New Rai", on trouve de tout ici. Même des cabas à commission avec Dora l'exploratrice. C'est dire! A l'entrée du marché couvert, le stand de Djavad. Il est pakistanais et vend l'attirail du parfait musulman: eau de la Mecque (zam zam), Coran miniature à accrocher au rétroviseur de la voiture, parfum en poudre à brûler "al mecca", des boussoles que l'on pose sur le tapis de prière et qui indiquent la direction de la Mecque. Et qu'est-ce qui se vend le plus? "Le Coran et les livres pour apprendre à faire la prière". Normal, ici, il n'est pas rare que des Français se convertissent à l'islam.
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Il y a le feu à l’hôtel
Il est minuit et je surfe sur mon ordinateur portable. Il y a une vague odeur de brûlé dans la chambre. Cela doit venir de mon ordinateur portable. Le pauvre, il travaille trop. L'odeur est de plus en plus forte. Je sors de ma chambre, le couloir de l'étage est complètement enfumé. Panique à bord. Je cours vers toutes les chambres pour essayer de voir s'il y a du feu quelque part. Je toque à quelques-unes, je crie "au feu". Personne ne bouge. La porte de l'ascenseur s'ouvre. Un homme de la sécurité cherche comme moi d'où vient cette fumée. Il ne trouve rien. Il repart. Je prends mon sac et mon ordinateur sous le bras lorsque je m'aperçois que c'est de la poubelle en métal que vient cette fumée. Un mégot sur une serviette en papier. Mais l'homme de la sécurité a déjà appelé les pompiers. Ils débarquent dans le couloirs, équipés comme dans les films. Ils sont douze! J'en profite pour interviewer le responsable. 6305 interventions par année sur Bondy, dont 10% de sérieuses. Et pourquoi sont-ils venus à douze ici? "Une commission a émis un avis défavorable sur les conditions de sécurité de ce bâtiment". Me voilà rassurée. Bonne nuit les pompiers!
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Six mois dans la rue avec un bébé de dix-huit mois
Ce midi, je mange avec Sonia. Ce n'est pas son vrai prénom. Elle a 35 ans et sort d'une sacrée galère. Elle vit actuellement dans un foyer pour femmes battues. Sa fillette a quatre ans et demi. Nous allons manger dans un Mac Do équipé d'une salle pour les enfants. La petite pourra jouer pendant que nous parlerons tranquillement. Elle est belle Sonia, avec ses cheveux dorés qui sortent de son béret. Et quelle détermination il y a derrière son sourire timide. Il lui en a fallu du courage pour arriver où elle est aujourd'hui. Voici trois semaines, elle a trouvé du travail. Elle garde les enfants d'un médecin tout en donnant des cours d'arabe au fils aîné.
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Jéhovah chez les musulmans
J'arrive en retard au culte. Je pousse la porte au parterre d'une grande maison individuelle, la salle du Royaume comme la nomment les témoins de Jéhovah. "Le culte est public, tout le monde peut venir…" m'avait dit Hélène. A l'entrée, des cerbères trient le bon grain de l'ivraie. "Vous avez été invitée par qui?" me demande l'un d'eux. "Par Hélène que j'ai rencontrée au marché de Bondy où elle tenait un stand". "Hélène comment?" "Je ne sais pas son nom de famille Monsieur". Il insiste pour connaître le nom de famille. Coup de bol, je vois Hélène dans la salle. Je la désigne.
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Une piaule pour boire, fumer et faire tourner une fille
Je rentre à l'hôtel en poussant mon vélo. La nuit tombe et le froid est mordant. A la réception, quelques jeunes Blacks. Ils sont grands et n'ont pas des gueules d'ange. Le réceptionniste me glisse: "C'est ceux-là que tu devrais interviewer. C'est ceux-là qui ont brûlé les bagnoles. Ils viennent ici quand il peuvent se payer un chambre, parce que les parents ne veulent pas d'eux à la maison." Je m'approche, leur explique qui je suis. "D'accord Madame, à 18 heures Madame."
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La libération d’Aïcha
Je lance à la ronde: "Vous connaissez des femmes à qui le mari interdit de sortir de la maison?" Au bout de la table, deux femmes voilées. L'une d'elle a un regard malicieux. Elle me fixe et lance: "Même lorsque mon mari m'interdisait de sortir, je ne l'écoutais pas." Elle est tout en rondeurs, une longue jupe bleue, un pull en velours de la même couleur, les pieds nus dans des sortes de mules. Elle m'intrigue.
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Parler, si le mari le permet
13h30. J'enfourche mon vélo et je pédale direction Bondy Nord. J'ai rendez-vous à la maison de quartier Daniel Balavoine. Des cours pour apprendre le français y sont organisés trois fois par semaine. J'aimerais pouvoir parler à des femmes immigrées. Le vendredi, il y a un cours de cuisine. Pour de nombreuses femmes musulmanes, ces quelques heures sont l'unique occasion de quitter leur foyer et de rencontrer d'autres femmes. Si leur mari le leur permet, évidement. Tous les hommes ne sont pas d'accord. A mon arrivée à Bondy, jeudi après-midi, Serge et moi nous étions déjà rendus ici. Je m'étais présentée à deux groupes de femmes immigrées. Acceptaient-elles de me parler? "Il faut que je demande à mon mari" était la réponse standard.
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Un café avec un braqueur de transports de fonds
Mon cahier sous le bras, je redescends dans le hall de l'hôtel pour un problème de ligne téléphonique. "Vous êtes assistante sociale?" me demande un homme. Veste noire, mine tendue, il tient un papier à la main, une facture qu'il ne peut pas régler. Il n'a pas d'argent. "Euh non, je suis journaliste." Tony, appelons-le ainsi, en a gros sur le coeur. Il est à deux doigts de faire une bêtise. "Je vais retourner voler. Cela me rend fou de voir ma famille dans cette situation!" Cela fait six mois qu'il vit dans l'hôtel avec sa femme et ses deux enfants en bas âge. Il a 30 ans, Tony. Et déjà un passé de braqueur. Je lui propose un café de l'automate à boissons. Il veut bien me raconter sa vie. Il ne sourit pas, Tony. Ses yeux bruns sont comme éteints.