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« Il va comment, Pierre-André? »
Arrivé dimanche après-midi à Paris, j'étais la veille à Marseille, à l'hôpital de la Timone, où le fils de ma cousine récupère d'un choc à la tête qui aurait pu être fatal. On raconte des trucs affolants sur ce qui se passe, ou se passerait, dans les couloirs de la Timone, et des choses pires encore sur l'hôpital Nord de la ville: agressions sexuelles dans les chambres, vols, rackets… Paris, hôpital Bichat. Il est 21 heures, les urgences sont pleines. Pierre-André Stauffer est en réanimation après son opération. Sa femme Manine et sa fille Clotilde sont autorisées à lui rendre visite. Mohamed, Radouane et moi attendons dans une pièce au sous-sol. Manine ressort un peu inquiète. Elle trouvait meilleure mine à Pierre-André l'après-midi. On tente de la rassurer en lui disant que c'est normal, que c'est la fatigue. Les médecins ont prévenu Manine que son mari pourra recevoir régulièrement des visites à partir de mardi.
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Sauvé à Bondy
Dans la nuit de vendredi à samedi 28 janvier, Pierre-André Stauffer, le journaliste de L'Hebdo qui venait d'arriver à Bondy pour y tenir le blog, a subi une rupture d'anévrisme. Aussitôt mobilisés, Mohammed Djeroudi et Radouane Berrokia, nos amis de Blanqui, ont alerté le Samu et suivi l'ambulance jusqu'à l'hôpital Bichat à Paris, où il est entré immédiatement en salle d'opération. Le hasard faisant bien les choses, l'infirmière urgentiste ayant reçu l'équipe a immédiatement compris de quoi il s'agissait. Elle était de Bondy et avait reçu quelques temps plus tôt la visite d'un journaliste de l'Hebdo. Pendant ce temps, Radouane et Mohammed allaient chercher à Orly la femme de Pierre-André qui arrivait de Lausanne, puis sa fille à la gare de Lyon. De retour à l'hôpital, un chirurgien a pris Radouane entre quatre yeux et lui a dit: "toi, tu as sauvé une vie".
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Prénom : Mohammed. Nom : X
Dimanche soir. La voiture file sur le périphérique. Au volant : Mohammed Djeroudi. Assis à sa droite, Radouane Berrioka. Moi derrière. On s'en va récupérer Manine, la compagne de Pierre-André, qui a pris une chambre à L'Holiday Inn de la porte de Saint-Ouen, à deux pas de l'hôpital Bichat, où son mari a été opéré. On doit aller ensuite gare de Lyon pour y prendre Clotilde, la fille de Pierre-André, qui arrive de Berne, via Genève, au TGV de 20h21. J'entame la discute sur un fait qui me turlupine. Je m'adresse à Radouane: "Tu as déjà remarqué que dans les reportages, quand un journaliste cite un Arabe, il ne mentionne la plupart du temps que son prénom, pas son nom. D'ailleurs, ce n'est pas tant qu'il ne veuille pas écrire son nom en entier, c'est plutôt que la personne avec qui il parle ne tient pas à le donner. Tu ne trouves pas ça bizarre?" Radouane a une explication: " Dire le nom, c'est engager toute la famille. Et ça, c'est beaucoup. C'est pourquoi le jeune préfère ne fournir que son prénom." Discrétion, respect, honneur. "L'honneur de la tribu", c'est le titre d'un livre de Rachid Mimouni, écrivain algérien mort en exil au Maroc dans les années 1990. Si j'étais prof en France, je ferais lire Mimouni et d'autres auteurs maghrébins à mes élèves. Puisque ces histoires-là, universelles et écrites en français, appartiennent à l'histoire des Arabes de France, elles appartiennent à l'ensemble des Français, non ?
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Arrivée à Bondy
J'y ai réfléchi longtemps, peut-être un peu trop longtemps, mais enfin je me suis décidé. J'y suis. A Bondy. Une ville dont je ne connaissais même pas l'existence avant l'embrasement des banlieues parisiennes. Un peu angoissé, mais qu'importe: l'angoisse est l'état naturel du journaliste que je suis depuis plus de trente ans. Et puis, voilà Mohammed et quelques autres, ceux qui peuplent ce feuilleton dont j'ai lu la plupart des épisodes sur le blog. Encore plus sympas que ce qu'on m'avait dit.
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Nous sommes toujours là!
A force de vous dire semaine après semaine que l'on s'en va - en attendant le suivant - on a fini par faire croire qu'on était parti définitivement. Mais nous sommes toujours là ! Sonia n'était pas la dernière ! Il y a eu trois petits jours de flottement, voilà tout. Mais Pierre-André (Stauffer) est arrivé mercredi après-midi, je l'ai appelé et il arpente Bondy. En attendant, je vous livre une petite contribution à froid. Des trucs qui m'ont trotté dans la tête en revenant. Des impressions en différé sur un thème qui est un peu la poutre dans l'œil du blog : l'argent.
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En avoir ou pas (de l’argent) : Bondy-St-Germain
Après huit jours de huis clos à Bondy, je n’ai pas tenu à filer de suite en Suisse. J’ai voulu franchir ce « mur de Berlin », invisible, mental c’est vrai, mais dans les faits bien concret. Aucun Parisien ne va à Bondy, si peu de Bondynois vont à Paris. J’ai donc mis le cap sur St-Germain et la sensation ne m’a pas déçu. Karim, un copain de banlieue, m’a emmené en voiture rue de Seine, où se trouve un petit hôtel que j’aime bien. Le trajet a pris 35 minutes, parking compris. A 11h, nous avions « fait le mur » et nous étions au Bar du Marché pour un café sur la terrasse (à Paris on dit « en terrasse », c’est plus chic mais grammaticalement faux). Le serveur avait un béret et l’allure de super Dupont dans le décor d’Amélie Poulain. De part et d’autre de la rue, il y avait le fleuriste, le fromager, les délicatesses, les enseignes de psys. Sur le trottoir, un autre métissage, anglophone, italophone, germanophone, touristique, financier. «T’as vu les filles?» remarque Karim. Oui, belles, les filles… L’une vient à notre table : «Excusez-moi, vous avez du feu, s’il vous plaît ?». Si j’en ai ?! Après mon passage à Bondy, les tabacs sont en rupture de stock. «Excusez-moi, s’il vous plaît», souligne Karim, « ici on dit s’il vous plait. Tu sens le décalage?» Oui, je le sens. Ces grandes écharpes rouges à la Bruant, ces looks intellos, les artistoïdes, les would-be en représentation, les has-been aussi. Après Bondy-land, voici Bobo-land. Courtoisie et politesse. Mais la politesse peut prendre plusieurs formes.
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Je suis venue vous dire…
Que je m'en vais. Je sais, les autres sont restés plus longtemps et je triche en ne faisant pas ma semaine complète, mais que voulez-vous, j'ai des enfants, dont il faut que je m'occupe un peu, quand même. Je laisse deux ou trois choses en suspens. J'ai notamment beaucoup d'éléments sur la réussite scolaire et professionnelle des filles. Je garde ce sujet pour l'édition papier de L'Hebdo. Je sais que les Français ne peuvent pas l'acheter, alors j'essaierai de négocier avec celui qui sera aux commandes du blog pour pouvoir le mettre en ligne quand même.
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Les filles de Bondy parlent
J’ai racolé à la sortie des lycées, pris le RER, écumé la N3, visité Rosny, bref j’ai trouvé une multitude de jeunes filles de Bondy et des environs. Elles m’ont parlé, certaines très librement, d’autres en me demandant de préserver leur identité (les prénoms sont fictifs) parce qu’elles font des choses que leurs parents ignorent - par exemple aller en disco à Paris. J’ai posé à toutes les mêmes questions sur les rapports filles-garçons. Lorsque leurs propos étaient identiques, je n’ai retranscrit qu’une réponse, mais j’ai par contre noté toutes les divergences ou nuances.