Derniers articles
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Un Bernois à Bondy
Après avoir dévoré ma langouste, je dois rapidement quitter la salle des Fêtes. Je sors de l'immense mairie mais je suis hélé par quelqu'un. "Vous êtes l'échotier de Lausanne?" J'acquiesce. "Je suis un compatriote!" me lance un homme en s'approchant de moi. "Je m'appelle Marcel Heger. Je suis d'origine bernoise. J'ai encore de la famille en Suisse. Vous savez, je suis Français mais j'ai toujours gardé le passeport suisse". Je lui demande si beaucoup de Suisses vivent à Bondy. Il me dit que non. Il doit se sentir un peu seul. Il faudra qu'un Bernois de la rédaction de L'Hebdo aille lui rendre visite. Michel Beuret, chez nous, est d'origine bernoise. J'en parlerai à Michel.
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La langouste
Chaque année, à Bondy, le maire invite les anciens. Au menu: de la langouste. "Les gens d'ici sont attachés à cette tradition", explique Gilbert Roger. Une fois, les gens de la mairie ont essayé de remplacer la langouste par autre chose. C'était du homard. Mais les anciens n'ont pas apprécié. "C'est quoi, ces petites gambas qu'on veut nous faire avaler?", disaient-ils. La révolte grondait dans la salle des Fêtes. Un risque d'émeute d'anciens au cœur de la mairie? Ce risque d'implosion, la mairie n'a pas voulu le courir.
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« C’est le 8 qui va gagner »
Ça sent bon l'encre d'imprimerie, chez Jamal le libraire. Il est là, Place Neuburger, à côté de la Cité Blanqui et de la Cité Rouge, depuis dix-huit mois. Les livres, ça lui rapporte pas grand-chose, moins que les journaux ou le PMU. "Mais j'y tiens, à la nourriture de l'esprit. Il n'y a pas que le ventre. J'incite mes clients à lire. C'est pas facile".
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Mercredi, on livre la drogue ou bien on sort les poubelles?
OK, Bondy c'est bien. Mais il faut garder quelques miettes pour les gens des autres cités. Quittons même le "93" pour s'aventurer au "78", le Département des Yvelines, réputé plus calme. Plus calme? Y'a quand même là-bas des noms fleuris mais des cités réputées "hard": Mantes-la-Jolie et son Val-Fourré, Chanteloup-les-Vignes… Et les Mureaux. Je ne peux pas venir en région parisienne sans prendre des nouvelles de Marie et de ses filles. Marie habite aux Mureaux. Ça a aussi pété, là-bas: bus caillassés, affrontements avec la police. Diagnostic de Marie: "j'ai vécu plus de dix ans à proximité de ces cités, de ces zones dites de non-droit. Tu sais, on finit hélas par s'habituer à tout. La première fois, lorsque le concierge t'avertit, alors que tu ne l'écoutes que d'une oreille, qu'il faut faire attention le mercredi, parce que le mercredi c'est le jour de livraison de la drogue, et que toi tu pensais qu'il te parlait du jour où on sortait les poubelles, tu es forcément choqué. Dans les cités, le problème c'est les 5% de gens qui terrorisent les autres. La drogue circule autour des lycées. Tout le monde le sait. Tout le monde se tait. Les RG ont des dossiers haut comme cet immeuble. La police, pareil. Mais c'est comme un puits sans fond. Malgré les immenses efforts des milieux sportifs et associatifs, les gangs gangrènent les quartiers. L'avenir des jeunes? Tu sais, quand des gosses de 10 ou 12 ans reçoivent 50 euros par soirée pour faire le guet pendant que les plus grands se livrent à leur trafic, tu crois qu'à 18 ans ils vont se défoncer pour toucher le Smic? Faut pas rêver!..."
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Vue sur voiture verte
Fini, le douillet Hotel Eden – ou Saxo, on ne sait plus très bien – dans lequel les journalistes de L'Hebdo ont logé les premiers jours afin d'organiser leur séjour à Bondy. Sabine m'a passé le relais. J'ai du empaqueter en trois secondes du papier WC, des draps, des journaux, des biscuits… Bon retour, Sabine!
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« Nous nous tuons entre nous »
Trouver un job, même précaire, à Bondy, c'est une véritable galère. Ahmed, 34 ans, a longtemps travaillé à gauche et à droite. Dans des métiers socio-éducatifs ou d'animation. Le problème reste le même: décrocher un emploi de durée indéterminée. "Lorsqu'on porte un nom à consonance maghrébine, tu peux oublier, raconte Ahmed. Je suis Algérien et Français. J'ai deux noms. Une fois, j'ai envoyé une lettre avec mon nom algérien. La réponse était négative. J'ai ensuite envoyé une deuxième lettre, identique à la première, mentionnant les mêmes qualifications, en utilisant cette fois mon nom français. J'ai été engagé et j'ai travaillé pendant un an pour cet employeur".
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Blanqui la blanche
Aujourd'hui, vendredi 25 novembre, la sortie de l'école, à 16h30, est plus bruyante que d'habitude. Les enfants crient de joie: il neige! Auguste Blanqui, le quartier black et beur de Bondy-Sud est tout blanc! Mais cela ne dure guère. A peine se dépose-t-elle sur l'asphalte qu'elle fond. Ici, le blanc a de la peine à tenir... Alors, les gosses du quartier se contentent de sauter pour essayer d'attraper des flocons qui virevoltent au-dessus de leurs têtes.
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Je transmets le témoin
Je viens de recevoir un SMS de Roland Rossier, le journaliste qui va me remplacer à Bondy est arrivé à la gare. Je vais aller l'accueillir. Il passera une nuit à l'hôtel. Demain, la ligne téléphonique sera installé, Roland pourra inaugurer le lit "clip-clap".
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Le thé aux « 4000 » à la Courneuve
"Pourquoi ils ont pris une photo?" L'homme qui pose la question à Fatia n'a pas l'air de rigoler. Tout à l'heure, Paolo le photographe qui travaille pour L'Hebdo a pris un cliché de Fatia, Khadija et moi devant la barre (immense immeuble) des deux femmes, aux 4000, la cité que Sarko voulait nettoyer au Kärcher. Rien d'autre qu'un souvenir personnel avec mon appareil. Il n'y avait absolument personne aux alentours. Enfin, croyais-je.